Petit poème écrit par Gabriel-Charles de Lattaignant, abbé comme il se doit; c’est exquis, fort bien troussé diront même certains…
On peut le lire ou, récité par l’excellent Guillaume Gallienne, l’écouter ICI.
Madame quel est votre mot
Et sur le mot et sur la chose
On vous a dit souvent le mot
On vous a fait souvent la chose.
Ainsi de la chose et du mot
Vous pouvez dire quelque chose
Et je gagerais que le mot
Vous plaît beaucoup moins que la chose.
Pour moi voici quel est mon mot
Et sur le mot et sur la chose
J’avouerai que j’aime le mot
J’avouerai que j’aime la chose.
Mais c’est la chose avec le mot
Mais c’est le mot avec la chose
Autrement la chose et le mot
A mes yeux seraient peu de chose.
Je crois même en faveur du mot
Pouvoir ajouter quelque chose
Une chose qui donne au mot
Tout l’avantage sur la chose.
C’est qu’on peut dire encore le mot
Alors qu’on ne fait plus la chose
Et pour peu que vaille le mot
Mon Dieu c’est toujours quelque chose.
De là je conclus que le mot
Doit être mis avant la chose
Qu’il ne faut ajouter au mot
Qu’autant que l’on peut quelque
chose.
Et que pour le jour où le mot
Viendra seul hélas sans la chose
Il faut se réserver le mot
Pour se consoler de la chose.
Pour vous je crois qu’avec le mot
Vous voyez toujours autre chose
Vous dites si gaiement le mot
Vous méritez si bien la chose.
Que pour vous la chose et le mot
Doivent être la même chose
Et vous n’avez pas dit le mot.
Un de mes lecteurs a amicalement attiré mon attention sur la
ponctuation de ce poème. Selon lui, et il a parfaitement raison, cette ponctuation, foisonnante, donne au poème un rythme particulier; une autre respiration, en quelque sorte.
Je vous invite à l'écouter ici.



« On demandait à la moitié de cette populace ce qu'elle faisait là; elle répondait que c'était pour voir Jean-Jacques.
On lui demandait ce que c'était que Jean-Jacques; elle répondait qu'elle n'en savait rien, mais qu'il allait passer ». 
Le siècle des Lumières est considéré à juste titre comme le siècle de l’esprit, de la gaieté, mais aussi celui du sourire. Et
du rire.
Le 2 août 1793, alors que barons et marquis ne hantent plus tellement les rues de Paris, paraît une loi : « tout théâtre sur lequel seront représentées des pièces tendant à
dépraver l’esprit public et à réveiller la honteuse superstition de la royauté, sera fermé et les directeurs arrêtés et punis selon les rigueurs de la loi » . La Comédie française est
fermée, les acteurs emprisonnés.