Vie au quotidien


Celui que l'on surnommait  " le Voltaire des femmes de chambre " ou " le Rousseau du ruisseau", qui "réfuta la Justine de Sade dans une Anti-Justine encore plus osée" (J.Tulard), en un mot, Rétif de la Bretonne brosse en 1789 (et en 309 pages serrées), le tableau de  " cette petite ville luxueuse renfermée dans une grande" : le Palais Royal.

Depuis le Régent, Philippe d'Orléans, avec ses cafés, ses maisons de jeu, ses boutiques, ses cercles, haut-lieu des aventures galantes et du libertinage, le Palais Royal, passage obligé de tous ceux (provinciaux ou étrangers ) qui veulent goûter au nec plus ultra de la vie parisienne,  fascine. Et notamment Rétif de la Bretonne qui se livre ici à une  étude - très minutieuse - de toutes ces demoiselles qui officient dans "ce temple de la volupté, d'où les vices brillants ont banni jusqu'au fantôme de la pudeur" (Sébastien Mercier).

 Rétif enquête et donne la parole à toutes ces Bouton-de-Rose, ces Aglae, ces Chouchous, ces Zoe ou ces Cunégonde à la taille svelte et au regard effronté qui déambulent sous les arcades du Palais Royal. Comment, pourquoi en sont-elles arrivées à leur condition si particulière de "filles publiques", quel est leur passé, quel est leur présent. 

Moyennant finance, Rétif les écoute, prend des notes, les étiquette, les classe.

Il y a les " Filles de l'Allée des Soupirs ", qui narrent leur vie.. longue litanie de misères, de brutalité. Les "Houris" , chargées d'éveiller les sens  mais qui se dérobent  au dernier moment, laissant la place à une "manoeuvre" qui  comme son nom l'indique termine la besogne. Les "Ressembleuses", qui poussent à la perfection l'art de l'imitation de grandes dames, de très grandes dames, royales même. Les  "Sunamites" qui sous la houlette d'une matrone-thérapeute, ont pour mission de réveiller, dans un chaste corps à corps, la vitalité défaillante des vieillards. Ces Sunamites sortent assez rapidement de leur état; leur voix, leur esprit remplacent alors leur corps. Selon leur talent, elles se convertissent en berceuses, en chanteuses ou en converseuses.

Par ces récits très colorés et vivants (mais quelquefois un peu longuets), Rétif de la Bretonne, en donnant la parole à ces femmes au parcours chaotique et à la vie meurtrie, les élève et leur redonne leur dignité.

 

" Le palais Royal"

Rétif de la Bretonne

Editions Manucius




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La marquise de Sévigné s'interrogeait, non sans une pointe d'inquiétude, sur ce nouveau breuvage : « N'avons-nous pas peur de nous brûler le sang ? Tous ces effets miraculeux ne vous cacheront-ils point quelque embrasement ? Qu'en disent vos médecins ? ».
Car, s'il était utilisé comme une "médecine" tonique et fortifiante, le chocolat était tout de même  objet de méfiance.  En ces temps où le poison était une pratique courante pour faire passer de vie à trépas quelques fâcheux, le chocolat ne pouvait-il pas se transformer subitement, au gré d'une substitution de tasse, en un philtre fatal ?. 
Il se métamorphosa vite en un philtre voluptueux et devint une gourmandise  fort prisée, au goût très corsé et  aux ingrédients divers (vanille, gingembre, poivre du Mexique ou des Indes) . On l'aimait chaud, très chaud, on le dégustait dans son lit tout en recevant par exemple son confesseur, comme le montre ce délicieux tableau de Longhi.
Les Ninon de Lenclos, Maintenon, Pompadour et  Marie-Antoinette  assurèrent le triomphe de cet elixir de cacao, de ce nectar exotique venu de La Barbade dont les effluves suaves embaumaient  salons, chambres, boudoirs et... toute la littérature libertine du XVIIIème. 
Casanova
nous l'avoue tout au long de ses Mémoires: le chocolat, il en raffole. Il l'aime battu, mousseux, "écumeux", sans lait et se montre fort déçu (et fort grognon) par celui qu'on lui servit au Palais Royal  lors de son premier voyage à Paris : " Je lui (le garçon) demande un chocolat sans lait et il m'en porte du détestable dans une tasse d'argent".
Par la suite, pour éviter ce genre de déconvenue, Casanova en emporta toujours dans ses bagages et, gourmet généreux, il  n'hésita pas à le partager, certains matins, avec quelques jeunes  personnes, tout aussi averties que lui des insoupçonnables vertus du chocolat...
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Au XVIIIè siècle, avant la Révolution française, le peuple effraie. Cette masse  mouvante, inculte et misérable qui sillonne la France d'une ville à l'autre, d'une campagne à l'autre, à la recherche d'emplois saisonniers est soupçonnée d'être la cause de tous les troubles et de tous les dangers. 

Dans cette société extrèmement hierarchisée, point trop de salut pour le pauvre; son seul recours est Dieu, mais dans la mesure ou Dieu a décidé de sa condition...? 
Le peuple,  au bord de la misère, souvent taxé "d'imbécillité", est sous surveillance constante. On craint son effervescence, ses humeurs,  ses colères, "pour les contemporains, la foule est femelle, donc basse, passionnelle et dépourvue de pensée" (Arlette Farge). Le peuple, lui, craint, à juste titre, la justice: pas d'avocats pour sa défense, pas de code national pour déterminer les délits et  la nature des peines.
La France est régie par des coutumes, des juridictions seigneuriales, ecclésiastiques ou parlementaires, qui varient d'une province à l'autre.  Un pays sans droit unique . L'arbitraire est roi, et pourtant, des philosophes, des hommes éclairés réflechissent à la justice et à son fonctionnement, d'abord timidement, par peur de la censure et de l'embastillement, puis parleront bientôt d'égalité, de liberté, mais sans vraiment repenser  le système pénal, sauf dans les dernières années du siècle.
En attendant, la population, objet de toutes les craintes royales, est sous contrôle.  Paris, plus particulièrement, est surveillé. Pour l' "assainir", on piste les prostituées, mais aussi les juifs, les étrangers, les livres suspects. Des officiers de police assermentés ou des "mouches" (mouchards payés par la police et souvent connus de la population) se placent dans des endroits clés (églises, tavernes) écoutent  les  propos de la populace et les consignent par écrit.
Critiquer dans une taverne ou  sur une place publique le roi, ses ministres, pester contre les fermiers généraux, contre la vie chère ou le prix de pain est considéré comme  des "mauvais propos", leurs auteurs sont pourchassés, arrêtés et internés soit  à la Bastille, soit à Bicêtre pour les hommes ou à la Salpétrière  pour les femmes "lieux d'horreur et de misère (Sébastien Mercier), où les déments côtoient les prostituées, les mendiants..
Une façon pour le roi d'humer l'air du temps et de  se tenir au courant de l'état de "santé" de sa nation...

A lire ,
"Condamnés au XVIIIè siècle" d'Arlette Farge paru aux Editions Thierry Magnier.
Un livre passionnant (dont je n'ai donné ici qu'un tout petit aperçu) qui  analyse avec rigueur et sensibilité cette "justice" et cette société du XVIIIème.



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En se promenant dans le château de Versailles, on ne peut que saluer, chapeau bas,  Louis XIV.  Tout, absolument tout, dans ce qui nous est donné à voir témoigne de l'opulence, du faste du règne du Grand Roi. On peut, même sans trop d'imagination, imaginer ces bals, ces soupers, ces réceptions d'ambassadeurs,  le cérémonial des tabourets, l'huissier lançant, lors du  souper du Roi : " Messieurs, à la viande du roi !", les piétinements des courtisans , leurs oeillades, leurs chuchotements.
Dans le château de Versailles, il reste aujourd'hui peu de traces visibles de ce rituel  (extrèmement codifié) du règne de Louis le quatorzième et de ses successeurs.
C'était sans compter William Ritchey Newton.
Après avoir épluché la  correspondance, les rapports du directeur général du Roi, du gouverneur du château, Newton nous livre de façon très rigoureuse (et souvent amusante) le côté "jardin" de Versailles , l'envers du décor du palais :  236 appartements "ou s'entassaient un bon millier de personnes, certaines confinées dans la garde-robe de leur maître ou dormant sur les bats-flancs". 
Problème de logement (dans des chambrettes, réduits ou galetas), d'eau (onéreuse.. "cabinets des affaires" et chaises percées...ah, les bains assis de Louis XV), problèmes de nettoyage (comment chasser les rats, comment supprimer les "exhalaisons insupportables" des fosses d'aisance), problèmes de blanchissage (ou et comment laver le linge de la cour ? Comment laver et étendre le  "menu linge" des tantes de Louis XVI sans que l'oeil en fut choqué ?), problème de chauffage, d'éclairage, de nourriture, récriminations de lavandières, de marquises...
 " Louis XIV a réussi son coup de miroir", écrit Newton. Oui, certes, un miroir éblouissant. Mais derrière ce miroir, quelle étrange fourmilière, quelle étrange société. Newton nous la restitue. Dans sa grandeur, sa petitesse. Et  dans toute son humanité comme le montre cet extrait :
" Sous Louis XV, on installa dans l'appartement privé du roi un mécanisme qui possédait  une chasse d'eau et sous Louis XVI, cette petite pièce devint le séjour favori d'un chat angora qui se plaisait à ronronner dans la fraicheur du marbre et de la céramique. Quand le roi prenait place sur son siège, la contre-attaque de ce colérique félin faisait décamper le monarque tenant d'une main sa culotte et de l'autre, sonnant furieusement ses serviteurs "...

Derrière la façade
Vivre au château de Versailles au XVIIIeme siècle
William Ritchey Newton
Perrin

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Le premier café ( ou maison de café ) s'ouvrit à Paris en 1672, mais ce breuvage, considéré comme une boisson médicamenteuse, dut attendre 1686 pour connaitre son jour de gloire grâce à un gentilhomme sicilien, Francesco Procopio dei Coltelli qui ouvrit, face au Théâtre-Français, rue des Fossés-Saint--Germain (aujourd'hui rue de l'Ancienne Comédie),  "le Procope". Servant café, thé, chocolat, liqueurs, sorbets dans un cadre luxueux qu'appréciaient les gens de théâtre, Francesco Procopio fit fortune.
Les cafés se multiplièrent. En 1723, on en comptait environ 380. Ouverts tard le soir, ils devinrent des lieux de réunions et de discussions littéraires. " Les cafés de Paris sont pour la plupart des réduits magnifiquement parés de tables de marbre, de miroirs et de lustres de cristal, où quantité d'honnêtes gens de la ville s'assemblent, autant pour le plaisir de la conversation et pour y apprendre des nouvelles, que pour y boire cette boissson (...). Et même les dames de la première qualité font très souvent arrêter leur carrosse aux boutiques des cafés les plus fameux, où on les sert à la portière sur des soucoupes d'argent".  (Savary - Dictionnaire du commerce).
Le Procope " était au XVIIIe siècle la meilleure gazette littéraire de Paris. Les gazetiers s'appelaient Desfontaines, Fréron, Duclos, Carle, Vanloo, Marivaux, Boucher, Rameau, Crébillon, La Tour, Piron; durant assez longtemps celui- là fut le rédacteur en chef; c'était à qui aurait un coin de sa table, un trait de son esprit.» Et puis Rétif de la Bretonne, Condorcet, La Harpe, d'Alembert, d'Holbach.


Voltaire et Diderot au  Café Procope.
Assis à l'arrière, de gauche à droite: Condorcet, La Harpe, Voltaire (bras levé ) et Diderot.


En 1779,  " les cafés sont fréquentés par d'honnêtes gens qui vont s'y délasser des travaux de leur journée. On y apprend les nouvelles soit par la conversation, soit par la lecture des papiers. On n'y souffre personne de suspect, de mauvaises moeurs, nuls tapageurs, ni soldats, ni domestiques, ni quoi que ce soit qui pourrait troubler la tranquillité de la société" (Hurtaut et Magny - Dictionnaire de Paris).
Mais dix ans plus tard, en 1789, l'atmosphère change et comme le note Sébastien Mercier dans son "Tableau de Paris" : "Nos pères allaient au cabaret, et l'on prétend qu'ils y maintenaient leur bonne humeur: nous n'osons plus guère aller au café, et l'eau noire qu'on y boit est plus malfaisante que le vin généreux dont nos pères s'enivraient. La tristesse et la causticité règnent dans ces salons de glace et le ton chagrin s'y manifeste de toute part (...). Chaque café a son orateur en chef; tel, dans les faubourgs, est présidé par un garçon tailleur ou par un garçon cordonnier".
Mercier, aussi sombre et aussi amer que cette boisson peut l'être quelquefois, n'a cependant pas tort. Car en cet été de 1789, la plus grande effervescence règne dans les estaminets.
Les Feuillants viennent lire le "Journal de Paris "au café de Valois, les Jacobins (Chabot, Collot d'Herbois) fréquentent le café Corazza.
Rue de Sèvres, le café de la Victoire attire plutot les modérés.  Près du Pont-neuf,  le "Charpentier" est tenu par  le beau-père de Danton.
Rive droite, au coin de la rue Saint-Honoré, à "La Régence", on adore encore Lafayette tandis que rue du Roule, au café de la Monnaie, on le brûle en effigie.
C'est juché sur une table du célébrissime café de Foy,  établissement le plus couru du Palais Royal (domaine si ...hospitalier du Duc d'Orléans) que le 13 juillet 1789, Camille Desmoulins harangua la foule, une feuille verte à la main.
Des cafés partout dans Paris, pour tous les goûts et pour toutes les opinions puisque chacun d'eux possède son drapeau. Aristocrates ou Jacobins, les hommes sont désormais jugés d'après les établissements qu'ils fréquentent. Discussions animées, tasses et soucoupes qui souvent volaient en l'air...
L'été 1789...époque bénie pour ces cafés parisiens où les têtes  étaient aussi chaudes que  cette "eau noire" qu'est le café.

♦  sur le Procope, un excellent article de Didier Jacob  
ici.

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Tournés en 2007 et prochainement sur France 2, deux téléfilms, " L'énigme des Blancs-Manteaux" et "L'homme au ventre de plomb", d'après les romans de  Jean-François Parot .Cette mini-série retrace les aventures d’un jeune « commissaire de police » à Paris dans la seconde moitié du 18ème siècle.

"L'énigme des Blancs-Manteaux" (Présentation de l'éditeur)
En 1761, le jeune Nicolas Le Floch quitte sa Bretagne natale pour entrer au service de M. de Sartine, chef des affaires secrètes de Louis XV. Devenu l'un des espions du lieutenant général de police, Nicolas va vite découvrir la cruauté des hommes et la brutalité des complots : à Paris, dans le monde du crime, tout tourne autour du jeu, de la débauche et du vol qui communiquent par d'innombrables labyrinthes. Son premier meurtre le plonge au coeur des perversités de la capitale : un commissaire corrompu, une épouse ex-pensionnaire d'une maison de plaisir, un cadavre rue des Blanc-Manteaux, un bourreau médecin légiste à la morgue de la Basse-Geôle..
Et si tout cela le conduisait trop près du roi et de Mme de Pompadour ?
Une enquête qui fait revivre le Paris du XVIIIe siècle, son atmosphère, ses rues, ses passants, ses rites, ses crimes et ses mystères.


"L'homme au ventre de plomb" (Quatrième de couverture) :
Le commissaire Nicolas Le Floch est chargé par M. de Sartine et par la cour de démêler une affaire délicate et complexe : la mort mystérieuse du fils d'un courtisan proche du dauphin et du parti dévot. Pourquoi les parents défendent-ils la thèse du suicide alors que leur enfant n'avait jamais manifesté son désir d'en finir ? Pourquoi son frère a-t-il disparu ? Qui est véritablement son énigmatique fiancée ? Très rapidement Nicolas conduira ses investigations à Paris, puis à Versailles dans l'entourage de la famille royale et de la favorite Mme de Pompadour. Dans un royaume toujours en guerre et agité par des querelles religieuses, il peut se révéler très dangereux de s'intéresser de trop près à des imbroglios politiques protégés par des secrets de famille.

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Ego...


 J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle,

"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ".
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...

www.martine-chabbert.fr/

 

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