Partager l'article ! Danton, toi aussi ?: Grand et athlétique, un cou épais, un torse large, des poings impressionnants. De petits yeux, une face puissante et grêl ...
Grand et athlétique, un cou épais, un torse large, des poings impressionnants. De petits yeux, une face puissante et grêlée par
la petite vérole. Défiguré lorsqu'il était enfant par deux accidents, un taureau lui fendit la lèvre d'un coup de corne, un autre lui écrasa le nez, Danton était laid. Objectivement laid.
Mais comme souvent devant la laideur d'un être, la raison raisonnante, l'intellect sont souvent mis à mal par cette petite musique qui murmure quelquefois de façon lancinante : " il y a
en lui un je ne sais quoi qui me consume..".
Pour Danton, comme pour Mirabeau du reste, ce "je ne sais quoi", c'est bien sur sa personnalité. Une personnalité hors normes. Une
intelligence, toujours en mouvement. Un exceptionnel amour de la vie. Et le pouvoir. Le pouvoir, qui est, comme chacun le sait, un puissant aphrodisiaque. Tout ceci, aux yeux d'une femme, pouvait
racheter leur laideur.
Mais en ce qui concerne Danton, ces ingrédients laissèrent de marbre quelques femmes, dont, bien sûr, Madame Roland, l'égérie des Girondins. Belle et
ensorceleuse. Elle n'aime pas Danton. Elle n'aime ni son physique ni ses manières brutales mais surtout, alors qu"elle a l'habitude de voir tous les hommes à ses pieds, elle ne lui pardonne pas
de ne pas avoir succombé à son charme. Elle se répand en rumeurs, le terme "débauché" revient souvent...
Débauché, Danton.... Il a en effet le verbe haut, la gaieté truculente; un homme expansif, jovial, qui
aime la bonne chère, le bon vin. Il ne s'en cache pas. On dit même que lorsqu'il a bu, il chante les femmes. On le croit, on le dit volage, même s'il adore sa femme Antoinette Gabrielle. Mais
c'est un fait, Danton n'est pas insensible aux charmes des femmes. Il ne s'en cache pas non plus. Et la Vertu... hé bien, la Vertu l'ennuie.
En un mot, Danton est imprudent. Et "léger". D'une imprudence et d'une "légèreté" qui auraient pu avoir
quelques conséquences dans ses relations avec Robespierre, si l'on en croit cette affaire que relate Elisabeth Duplay Lebas, dans ses
"Mémoires".
Fille des Duplay (qui logèrent Robespierre de 1791 à 1794) et soeur d'Eléonore, Elisabeth est, à cette époque, une toute jeune fille, vive et enjouée, fort éprise de
l'un des collègues et ami de Robespierre, qu'elle épousera avec la bénédiction de Maximilien (qu'elle considère comme son frère): Philippe-François-Joseph Le
Bas, membre du comité de sûreté générale.
La santé d'Elisabeth laissant à désirer, ses parents prirent la décision de l'envoyer passer un mois à la campagne, à Chaville, en compagnie de l'épouse de Jean-Etienne Panis.
"Un jour entre autres, elle (madame Panis- ndrl) me mena à Sèvres dans une maison habitée par Danton,
raconte t-elle. Je ne l'avais jamais vu. Mais grand dieu ! Qu'il était laid!
Nous le trouvâmes avec beaucoup de monde, se promenant dans un très beau jardin. Il vint à nous et demanda qui j'étais à madame Panis qui lui répondit que j’étais une des filles de l'hôte de
Robespierre.
Il lui dit que je paraissais souffrante, qu'il me faudrait un bon ami, que cela me rendrait la santé. Il avait des formes repoussantes qui font peur. Il s'approcha de moi, voulut me prendre la
taille et m'embrasser. Je le repoussais avec force, quoique bien faible encore.
J'étais bien jeune, mais sa figure me fit tellement peur que je priais instamment madame Panis de ne plus me ramener dans cette maison. Je lui dis que cet homme m'avait tenu des propos affreux,
tels que je n'en avais jamais entendus. Il n'avait aucun respect pour les femmes, encore moins pour les jeunes personnes.
Madame Panis parut regretter de m'avoir menée dans cette maison et me dit qu'elle ne connaissait pas cet homme sous ce rapport.
Elle m'assura que nous ne retournerions plus chez lui et m'apprit alors que c'était Danton. Elle m'engagea à ne pas
parler à ma mère de ce qu'il s'était passé, parce que cela pourrait lui faire de la peine et qu'elle ne voudrait plus me laisser venir chez elle.
J'avoue que cette recommandation ne me plut pas, car notre bonne mère (madame Duplay -ndrl) nous avait élevées dans l'habitude de ne rien lui cacher".
L'affaire en resta là...
Source : Stephane-POL : "Autour de Robespierre - Le conventionnel Le Bas d'après des documents inédits et les Mémoires de sa veuve - Préface de Victorien Sardou.
|
|