" J'avais une extrême envie de connaître M. de Buffon ".
En octobre 1785, Marie Jean Hérault de Séchelles, alors âgé de 28 ans, semblait béni des dieux : introduit à la Cour
par sa cousine, la duchesse de Polignac, nommé par Marie-Antoinette avocat général au Parlement. Rien ne lui manquait, ni la fortune, ni la beauté, ni l'intelligence.
Pourquoi ce jeune aristocrate, acquis aux idées nouvelles (qui pourtant devaient l'amener à sa perte, comme nombre de ses semblables), souhaita-t-il rencontrer Buffon, alors âgé de 78 ans qui
vivait en partie retiré sur ses terres bourguignonnes, dans la ville de Montbard ?
Pourquoi éprouva-t-il aussi ce besoin de le "raconter" par le menu, dans son quotidien, dans son intimité, dans son génie comme
dans ses petites turpitudes... ?
La réponse nous est donnée dans l'excellente préface de ce petit opuscule paru aux éditions le
Promeneur.
" Parce que, alors que la France vit les dernières années de
l'Ancien Régime, que les courtisans de Versailles savourent les derniers instants de cette " douceur de vivre" dont Talleyrand se souviendra avec nostalgie, beaucoup ont le sentiment de se
trouver à la fin d'une époque.
Alors que les grands esprits qui ont fait la gloire des Lumières ont presque tous disparu - Voltaire et
Rousseau sont morts en 1778, Montesquieu n'est plus depuis trente ans, et Diderot vient juste de s'éteindre -, seul vit encore Buffon, que les contemporains de l'époque s'accordent à
considérer comme l'un des plus grands esprits de son siècle et que la vigueur athlétique, qui faisait déjà l'admiration de Voltaire, a porté jusqu'à la veille de la Révolution. Cet homme de
78 ans représente une sorte de monument vivant des Lumières finissantes. "
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