" La curiosité d'esprit de M. le duc d'Orléans jointe à une fausse idée de fermeté et de courage l'avait occupé de bonne heure à chercher à voir le diable et
à pouvoir le faire parler.
Il n'oubliait rien,
jusqu'aux plus folles lectures pour se persuader qu'il n'y a point de Dieu et il croyait le diable jusqu'à espérer de le voir et de l'entretenir. (...)
Mais je ne puis n'être pas persuadé qu'il ne se fût jeté de lui-même entre les mains de tous les prêtres et de tous les capucins
de la ville, qu'il faisait trophée de tant mépriser, s'il était tombé dans une maladie périlleuse qui lui en aurait donné le temps.
Son grand faible en ce genre était de se piquer d'impiété et d'y vouloir surpasser les plus hardis.
Je me souviens qu'une nuit de Noël à Versailles, où il accompagna le roi à matines et aux trois messes de minuit,
il surprit la cour par sa continuelle application à lire dans le livre qu'il avait apporté, et qui parut un livre de prière.
La première femme de chambre de Mme la duchesse d'Orléans (1), ancienne dans la maison, fort attachée et fort libre, comme le sont tous les vieux bons
domestiques, transportée de joie de cette lecture, lui en fit compliment chez Mme la duchesse d'Orléans le lendemain, où il y avait du monde.
M. le duc d'orléans se plut quelques temps à la faire danser, puis lui dit :
" Vous êtes bien sotte, madame Imbert. Savez-vous donc ce que je lisais ? C'était Rabelais que j'avais porté de peur de m'ennuyer ".
(1) Mlle de Blois, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, épouse du Régent..
Chroniques galantes et indiscrètes
d'autrefois
Le Régent, ses filles, ses
maîtresses
d'après Saint-Simon
(notes et
appendices par A.Meyrac)
Albin Michel
1928
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