
"Savez-vous pourquoi, madame la marquise, je vous regrette ? C'est que vous n'êtes pas une femme comme une autre, et
que je ne suis pas un homme comme un autre: car je vous apprécie mieux que vos entoureurs.
Et savez-vous pourquoi vous n'êtes pas une femme comme une autre? C'est que vous êtes bonne, quoique bien des gens ne le croient pas. C'est que vous êtes simple, quoique vous fassiez toujours
de l'esprit, c'est-à-dire que vous le trouvez tout fait. C'est votre langue. On ne peut pas dire que l'esprit est dans vous, mais vous êtes dans l'esprit. Vous ne courez pas après l'épigramme;
c'est elle qui vient vous chercher.
Au lieu d'être une maréchale du Luxembourg dans votre jeunesse, ce qui vous aurait plus amusée, avec plus d'indulgence, vous en serez
une dans cinquante ans, une madame du Deffand pour le piquant, une madame Geoffrin pour les définitions et une maréchale de Mirepoix pour le goût. A vingt ans vous possédez le
résultat des trois siècles qui composent l'âge de de ces dames. Vous avez la grâce des élégantes, sans en avoir pris l'état. Vous êtes supérieure, sans alarmer personne que les sots.
(...) Vous êtes la plus aimable femme et le plus joli garçon, et enfin ce que
je regrette le plus".
(...) Ah ! mon dieu ! Ce que c'est de nous ! Je
m'effraye de devoir vous écrire peut-être :
Mais à revoir Paris je ne dois pas prétendre;
Dans la nuit du tombeau je suis prêt à descendre.
Cette idée m'afflige, car je veux vous revoir. Vous me tenez bien plus à coeur que tout Paris ensemble".
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