Paris, ville phare de l'Europe, apparaît comme la capitale du bon goût. Tout ce qui constitue ce "XVIIIème français" se retrouve dans ces salons littéraires, espaces mondains, composés de gens d'esprit, de philosophes, d'historiens ou de physiciens,
le bon ton y est de règle et les agréments de la conversation, érigée en art, s'ajoutent aux plaisirs de la
table.
Espaces clos et élitistes, ces salons, fréquentés par une majorité d'hommes, sont essentiellement
tenus par des femmes souvent issues de la noblesse ancienne. Placées par leur naissance au sommet de l'échelle sociale, elles possèdent les clés de la notoriété, et de ce fait leurs salons sont
en quelque sorte un passage obligé pour les hommes de lettres, avides de reconnaissance, ou pour les philosophes, soucieux de conquérir l'opinion publique.
On peut se demander pourquoi ces femmes reçoivent des Voltaire,
des Rousseau ou des Diderot dont les idées peuvent être jugées provocatrices, voire subversives pour l'ordre social. Hormis peut-être Julie de
Lespinasse, très politisée, ou Sophie de Condorcet, la grande majorité de ces femmes sont tout simplement des femmes éclairées:
intéressées par des idées novatrices, elles entendent peu la philosophie, certaines, telle
Mme du Deffand, lui sont même carrément hostiles ; mais toutes professent la tolérance, l'anti-fanatisme et prennent fait et cause pour des
philosophes ou militent plus pour des écrivains que pour leurs écrits.
Dans leurs salons, la conversation qui accompagne souvent les repas, se doit d'être divertissante mais avant tout
utile. Source de toutes les idées, elle participe à la formation des esprits. On parle de tout, des sujets les plus futiles comme des plus sérieux : sur la musique française et italienne, sur
l'harmonie des langues et sur la philosophie bien sûr. Rien n'est exclu, ni privilégié.
Si Mme Geoffrin prie les amateurs d'histoires lestes et les iconoclastes de
s'abstenir, Julie de Lespinasse, elle, privilégie l'improvisation, la liberté totale de ton. La gaieté y est de règle, même chez Mme du Deffand, triste de nature, car pour les Lumières :
"Un homme triste ne peut être utile ni à lui-même ni aux autres " (Holbach). Petites fées de la conversation, elles la font naître, et, discrètement, la
dirigent. Réputées pour la précision et la justesse de leur langage, elles sont toujours très attentives,
parlent avec douceur (même Mme du Deffand dont la correspondance révèle pourtant un caractère vif, voire irascible), et savent aussi se taire pour mettre en valeur leurs invités : "Mme
Geoffrin avait le bon esprit de ne jamais parler de ce qu'elle savait très bien " (Marmontel).
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