Léonard, coiffeur de son état, aperçut la première fois la Dauphine Marie-Antoinette lorsque celle-ci descendit de son carrosse
dans la cour de marbre à Versailles le 16 juillet 1770.
Il livre dans son "Journal" ses toutes premières impressions et trace d'un oeil expert le portait physique de la très jeune
Marie-Antoinette. Un portrait qui, lui-même l'avoue, ne ressemble pas - et il s'en excuse ...- "à ceux que les poètes ont tracé avec de si brillantes couleurs". Notre gascon le dit tout net : il joue la franchise. Soit.
" A son arrivée en France, Marie-Antoinette n'était alors ni belle, ni jolie, ni même séduisante. Il n'y avait en elle
que des promesses de beauté.
Sa taille, bien prise, élancée mais déparée
par une extrème maigreur, manquait encore de grâce, sans être toutefois disgraciée par cette roideur autrichienne (...). La fille de Marie-Thérèse dont les cheveux étaient alors d'un blond cendré
me parut fort mal coiffée.
Les yeux de la Dauphine étaient d'un beau bleu
d'azur, d'une expression vive et spirituelle, un peu hardie. Elle avait le front élevé, le nez aquilin trop prononcé, la bouche petite, les lèvres épaisses mais d'une grande fraîcheur, le teint
d'une blancheur éclatante et relevé par des couleurs naturelles un peu fortes.
Marie-Antoinette portait la tête haute; il y avait de la fierté dans ses manières mais une fierté tempérée par un air
et un ton de douceur qui captivaient au moment ou l'on allait se trouver offensé de l'orgueil que cette affabilité démentait avec bonheur."
Puis, il esquisse son portrait moral.
"Le fond de son caractère était la douceur; jamais un acte de méchanceté ni même de malice offensante ne se faisait
remarquer dans sa conduite; mais on pouvait prendre pour l'élan d'un naturel fâcheux les mouvements impérieux qui échappaient à cette archiduchesse. Quant aux qualités de son sexe, la princesse
royale les rendait perpétuellement dépendantes de ses vives inclinations, on peut dire qu'elle était vertueuse par principes, mais légère à l'excès par entraînement. Résister à un désir
paraissait à Marie-Antoinette l'effort le plus difficile et l'on sait que les grands se livrent peu volontiers à des soins laborieux, pour le mérite, un peu terne, qui résulte de l'exercice des
vertus privées."
Quelques pages plus loin, il dépeint son entourage. Sans ménagement, toutes griffes dehors, diront certains.
" Elle (ndlr: la société de Marie-Antoinette) se composa de femmes amies du plaisir, ennemies de la gêne, riant de
tout, même des propos qu'on tenait sur leur réputation, et ne reconnaissant pour loi que la nécessité de passer joyeusement la vie, derrière une mince et quelquefois trompeuse cloison de
bienséances, cachant mal ou ne cachant point du tout certains travers approchant du scandale. La dame d'honneur * vit dans l'invasion de cet essaim
folâtre le point de départ d'une décadence prochaine de la monarchie."
* Il s'agit de Madame de Noailles, surnommée par Marie-Antoinette "Madame Etiquette", dont la mission consistait à guider
la jeune Dauphine dans ce dédale inextricable, empesé et étouffant du cérémonial de la cour de Versailles.
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