Pourquoi, comment, alors qu'en 1789, les liens avec l'Ancien Régime avaient été coupés, que les patriotes avaient associé la Révolution avec des idéaux élevés (liberté de la presse,
liberté de parole, tolérance religieuse, justice équitable pour tous, contrôle du gouvernement par les citoyens), le changement politique devant se faire par la non-violence ("en n'employant
d'autre force que celle de la raison, de la justice et de l'opinion"), la Révolution a pu basculer quatre ans plus tard, en 1793, dans un régime autoritaire et intolérant et s'enfermer dans la
Terreur.
C'est la question que se pose l'historien américain, spécialiste de la Révolution française, Timothy Tackett.
Sans nier que la classe politique ait assumé la violence originelle ("Vouliez-vous une révolution sans révolution ?" Robespierre), la violence de 1794 n'était pas inscrite dans les gènes
de 1789, le radicalisme chez les députés de 1789 a des causes multiples et complexes. Outre les édits novateurs, "radicaux" de la monarchie au cours de la période de la "pré-Révolution",
l'intransigeance générale de la majorité de la noblesse siégeant aux états-généraux face à la réforme, les députés étaient dans l'obligation de faire face à des crises, souvent non
prévues.
La seule crise que les révolutionnaires ne purent surmonter fut le refus de l'idée même de monarchie constitutionnelle par le monarque régnant. La décision de Louis XVI de fuir Paris, le 21
juin 1791, et de répudier ouvertement la Révolution allait être un facteur critique non seulement dans la crise de la monarchie mais dans l'avènement de la Terreur. La fuite entraîna dans un
premier temps une série de lois d'urgence qui allaient être la répétition générale des mesures répressives de 1793-1794. L'utilisation des représentants en mission avec des pouvoirs de
proconsuls, l'organisation d'une première ébauche de la levée en masse, le rétablissement de la censure de la presse, la création d'une sorte de comité de sureté générale (avec des pouvoirs
extra-légaux de procéder à des arrestations et à des enquêtes), la mise en détention ou en surveillance de catégories entières de suspects, sans prise en compte du comportement des
individus : toutes ces mesures instituées dans les semaines qui suivirent le 21 juin furent justifiées par la crainte d'une guerre et d'une contre-révolution imminentes, et par la peur,
chez les modérés d'une insurrection des radicaux sur leur gauche. En second lieu, la décision de fuir prise par le roi a grandement influé sur le développement de la psychologie propre à
la Terreur.
Pour Tackett, comme pour beaucoup d'historiens, la grande majorité des Français portaient au roi et à la monarchie un profond respect et une véritable affection, même après deux ans de
révolution.
A cet égard, la fuite du roi à Varennes, perçue à l'époque comme une trahison et une désertion, fut une expérience traumatisante et déstabilisatrice. Elle provoqua une crise de confiance
nationale. Et la révélation par la suite d'une conspiration en juin 1791 pour "libérer" le roi, le fait qu'un "roi-traître" continuait d'occuper le trône après septembre 1791 allaient être les
éléments essentiels de l'apparition "d'un style politique paranoïaque " (Richard Hofstadter).
Si cette fuite du roi n'explique pas tout sur les suites de la Révolution, elle fut un élément déclencheur, " le point d'inflexion déterminant dans la dynamique qui a conduit à la Terreur "
(Michel Vovelle).
Très joli et très intéressant, votre blog.
Michel
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