
(Fac-similé)
Datée de Compiègne, le 31 juillet 1769, cette lettre de Louis XV, qui éclaire l’intimité des relations entre le roi et son petit-fils, Ferdinand de Bourbon, duc de Parme, est intéressante par le souffle de liberté et de gaieté qui l’anime, portée par ce style plaisant, dense et aérien si caractéristique du XVIIIe siècle.
« Mon cher petit-fils, j’ay reçu à la fois jeudi der vos lettres du 15 et du 21 de ce mois. Je suis tres aise que vous aies été content des presents que j’ay envoié a votre épouse, mais bien plus encore de ce que vous etes si content d’elle. Vous aves donc goutté de grands plaisirs mon cher petit fils, il est naturel qu’elle n’y aie pas participé, car vous deves lui avoir fait grand mal en ne pouvant y entrer d’abord, mais avec le temps il n’en sera pas toujours de mesme, surtout si elle a du temperament, ce qui est rare aux femmes. Les quatre charges que vous aves faites, onts aussy etes a decharge de votre part. Cela ne vous etoit-il jamais arrivé, soit sans aide, soit avec de l’aide, ce qui est bien mauvais, en aiant beaucoup usé dans mon jeune temps dont je me repends beaucoup. Le portrait que vous me faites de Votre Archiduchesse augmente mes desirs de vous voir. Je ne sçait si on l’oublit a Vienne, mais ce qui est du sur c’est que je l’ay pas encore reçu, et c’est le seul des archiduchesses qui me manque j’en ay fait ecrire a Mr de Durfort. Comme l’empereur est parti je ne puis vous charger de rien pour lui je lui ferai reponse a Vienne. Ne vous a-t-il point reparlé de l’esperance qu’il avait donné que nous le voirions l’année qui vient ou lors de son voiage aux Pais Bas. Je vous embrasse encore plus tendrement s’il est possible que par le passé mon tres cher petit fils.
Vottre femme ne vous a-t-elle rien dit de l’archiduchesse Antoinette.
Faisant suite sans doute au récit circonstancié de sa nuit de noces par le jeune duc de Parme lui-même, Louis XV se réjouit dans cette lettre du comportement de son petit-fils dans des
circonstances aussi délicates. Il le fait avec une grande liberté de ton, abordant sans vulgarité mais sans détour et avec satisfaction, la question des relations intimes du jeune couple. La
connivence masculine n’exclut pas de la part de Louis XV certains égards pour la jeune femme ayant subi plutôt que goûté les assauts de son nouveau mari. Lesquels assauts seront fièrement
dénombrés par le grand-père qui ne manque pas d’esprit et glisse, avec élégance, de grivois propos sous un vocabulaire conquérant, à propos des " charges " et " décharges " du jeune homme.
Il est à remarquer que l’archiduchesse Marie-Amélie se révèlera effectivement une femme de tempérament, car elle acquerra vite, à la cour de Parme et auprès des autres cours européennes, une
réputation quelque peu scandaleuse, et sera accusée de dilapider les finances du duché tout en désorganisant le pays en se divertissant avec des amants, et de tenir sous influence un mari dont
elle aura sept enfants.
La seconde partie de la lettre évoque des questions plus politiques, le rôle de son ambassadeur Durfort dans les alliances à venir, et une rencontre possible avec l’empereur reparti à Vienne.





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