Robespierre, à la recherche d'un équilibre politique
indispensable à la survie de la Révolution, refusait et " l'exagération " et le " modérantisme".
Il attaqua donc "les Enragés"
(Hébert, Jacques Roux, Chaumette), des jusqu'aux-boutistes, partisans de la Révolution à tout prix et les
Modérés (Danton, Desmoulins) qui souhaitaient, la paix immédiate, l’arrêt de la Terreur, l’abolition du
maximum, le rappel des émigrés, la mise en liberté des suspects et l’amnistie générale.
Il exposa sa conception du gouvernement populaire en temps de guerre et en proie à des conspirations. Selon lui, deux principes restaient indissociables : " la vertu, sans laquelle la terreur est funeste. La terreur, sans laquelle la vertu est impuissante ".
Le 5 février 1794, il présenta à
la Convention, au nom du Comité de salut public, un rapport sur " les principes de morale politique qui doivent guider la Convention nationale dans
l’administration intérieure de la République ", l'un des discours importants de l'Incorruptible.
" Or, quel est le principe fondamental du gouvernement démocratique ou populaire, c’est-à-dire le ressort essentiel qui
le soutient et qui le fait mouvoir ? C’est la vertu ; je parle de la vertu publique qui opéra tant de prodiges dans la Grèce et dans Rome, et qui doit en produire de bien plus étonnants dans la
France républicaine ; de cette vertu qui n’est autre chose que l’amour de la patrie et de ses lois.
Mais comme l’essence de la république ou de la démocratie est l’égalité, il s’ensuit que l’amour de la patrie embrasse nécessairement
l’amour de l’égalité.
Il est vrai encore que ce sentiment sublime suppose
la préférence de l’intérêt public à tous les intérêts particuliers ; d’où il résulte que l’amour de la patrie suppose encore ou produit toutes les vertus : car que sont-elles autre chose que la
force de l’âme qui rend capable de ces sacrifices ? Et comment l’esclave de l’avarice ou de l’ambition, par exemple, pourrait-il immoler son idole à la patrie ?
Non seulement la vertu est l’âme de la démocratie, mais elle ne peut exister que dans ce
gouvernement.
Dans la monarchie, je ne connais qu’un individu qui peut aimer la patrie, et qui, pour cela, n’a pas même besoin de vertu, c’est le monarque.
La raison en est que de tous les habitants de ses États, le monarque est le seul qui ait une patrie. N’est-il pas le souverain, au
moins de fait ? N’est-il pas à la place du peuple ? Et qu’est-ce que la patrie, si ce n’est le pays où l’on est citoyen et membre du souverain ?
Par une conséquence du même principe, dans les États aristocratiques, le mot patrie ne
signifie quelque chose que pour les familles patriciennes qui ont envahi la souveraineté.
Il n’est que la démocratie où l’État est véritablement la patrie de tous les individus qui le composent, et peut compter autant de
défenseurs intéressés à sa cause qu’il renferme de citoyens. Voilà la source de la supériorité des peuples libres sur tous les autres. Si Athènes et Sparte ont triomphé des tyrans de l’Asie, et
les Suisses, des tyrans de l’Espagne et de l’Autriche, il n’en faut point chercher d’autre cause.
Mais les Français sont le premier peuple du monde qui ait établi la véritable démocratie, en appelant tous les hommes à l’égalité et
à la plénitude des droits des citoyens ; et c’est là, à mon avis, la véritable raison pour laquelle tous les tyrans ligués contre la République seront vaincus.
Il est dès ce moment de grandes conséquences à tirer des principes que nous venons
d’exposer.
Puisque l’âme de la République est la vertu, l’égalité, et que
votre but est de fonder, de consolider la République, il s’ensuit que la première règle de votre conduite politique doit être de rapporter toutes vos opérations au maintien de l’égalité et au
développement de la vertu ; car le premier soin du législateur doit être de fortifier le principe du gouvernement. Ainsi tout ce qui tend à exciter l’amour de la patrie, à purifier les mœurs, à
élever les âmes, à diriger les passions du cœur humain vers l’intérêt public, doit être adopté ou établi par vous.
Tout ce qui tend à les concentrer dans l’abjection du moi personnel, à réveiller l’engouement pour les petites choses et le mépris
des grandes, doit être rejeté ou réprimé par vous."
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