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Lundi 26 novembre 2007
santerre-a.jpg
Le Régent, Philippe duc d'Orléans et sa maitresse, madame de Parabère
Jean-Baptiste Santerre (1651-1717)


" Il a une sultane-reine, Mme de Parabère. Elle est grande, bien faite, a le visage brun et ne se farde pas, une jolie bouche et de beaux yeux. Peu d'esprit, mais c'est un beau morceau de chair fraîche " écrivait la mère du Régent, la princesse Palatine.
Pour ce beau morceau de chair fraiche, Philippe d'Orléans avait délaissé la comtesse de Sabran, dont Saint-Simon vante la beauté régulière et touchante, le grand air et l'esprit et dont il dit qu'elle était "charmante surtout à table ".
Quand le Régent se querellait avec la Parabère, Mme de Sabran revenait à la charge, s'offait en sacrifice ou proposait quelquefois une remplaçante, notamment l'une de ses parentes, la duchesse de Falari, qui ne manquant ni de beauté, ni d'esprit ni de gaieté, avait trois marquis à ses pieds. "Falarira dondé, Falarira dondaine, trois petits couteaux dans une gaine ..." chantait-on. Le Régent ne pouvait ignorer qu'il avait des prédécesseurs..
Un jour que la Sabran avait l'oreille collée à la porte, elle entendit le duc d'Orléans tenir des propos désobligeants pour elle. Furieuse, elle rentra dans la pièce, adressa des reproches au Régent et à la duchesse de Falari.
Ce dernier la fit taire : " Tout ce que je dis de toi est vrai. Et il y en a encore cent fois davantage, que je dirai si tu veux retourner écouter à la porte ".
Certes, Madame de Parabère n'avait pas l'esprit de la Sabran, mais ses colères étaient plus mesurées et la Palatine, elle-même, ne craignait pas de dire que les affaires allaient mieux quand son fils était d'accord avec la sultane-reine qu'elle avait aimablement surnommée "le Corbeau Brun".

publié dans : Régence
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Mercredi 21 novembre 2007
madame-Lucifer.jpgMarie-Françoise de Bourbon, dite Mlle de Blois, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, était grande, majestueuse, en dépit d'un déhanchement disgracieux. Elle avait le teint frais, une gorge bien faite, des cheveux châtains, des sourcils rares, des dents un peu longues et des joues pendantes, qui faisaient dire à Madame (la princesse Palatine), sa belle-mère :
"
Le visage de ma bru ressemble comme
deux gouttes d'eau à un derrière, sauf votre respect".
Elles inspirèrent même cette chanson à sa propre soeur, la duchesse de Bourbon :
" Belle princesse !
Où les autres ont le nez
Pourquoi mettez-vous les fesses ?
Belle princesse ! "


Spirituelle et un tantinet cynique, Marie-Françoise déclara peu avant son mariage avec Philippe d'Orléans : " Peu importe qu'il m'aime, pourvu qu'il m'épouse".
Sujette à de fréquents accès de colère ou de mauvaise humeur qui se terminaient souvent par des migraines (vraies ou simulées), d'un orgueil démesuré, la Régente que son mari surnomma " Madame Lucifer" répugnait à se souvenir qu'elle était la fille de Mme de Montespan. "Elle était née de Louis XIV, et voilà tout, comme Minerve de Jupiter".
Selon Saint- Simon, elle était "petite-fille de France jusque sur sa chaise percée".  
Sa vie n'étant qu'une longue paresse, Marie-Françoise vivait d'ordinaire dans sa chambre, allongée sur son canapé : " Elle s'est fait faire un canapé sur lequel elle reste couchée quand elle joue au lansquenet.. Elle joue couchée, elle mange couchée, presque toute sa vie se passe couchée " écrivait la Palatine.
Philippe d'Orléans, qui fut toujours envers elle d'une politesse exquise, très "régence", lui rendait visite chaque jour. Si depuis son canapé blanc et or, elle fronçait les sourcils (ce qui arrivait fréquemment), il s'inclinait et se retirait de ses appartements. Lorsque l'humeur de "Madame Lucifer" connaissait une embellie, Philippe restait auprès d'elle et se permettait de légères taquineries sur ses défauts, taquineries auxquelles elle ripostait gaiement. 
Manquant de tempérament (selon Saint-Simon), la duchesse d'Orléans ne sembla guère tourmentée par l'existence fort mouvementée de son époux, lequel  " lui fit, par acquit de conscience sans doute, huit enfants dont il n'eut pas toujours à se louer, mais tout cela, ce sont des gestes sans importance pour un homme aussi occupé que Philippe d'Orléans " (Jean Hervez).

 


" La Vie quotidienne sous la Régence"
- Charles Kunstler
" Le Régent, ses filles, ses maîtresses " d'après Saint-Simon - Albin Michel (1928)
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Mardi 20 novembre 2007

Regent.jpg



  " La curiosité d'esprit de M. le duc d'Orléans jointe à une fausse idée de fermeté et de courage l'avait occupé de bonne heure à chercher à voir le diable et à pouvoir le faire parler.
  Il n'oubliait rien, jusqu'aux plus folles lectures pour se persuader qu'il n'y a point de Dieu et il croyait le diable jusqu'à espérer de le voir et de l'entretenir. (...)
       Mais je ne puis n'être pas persuadé qu'il ne se fût jeté de lui-même entre les mains de tous les prêtres et de tous les capucins de la ville, qu'il faisait trophée de tant mépriser, s'il était tombé dans une maladie périlleuse qui lui en aurait donné le temps.
Son grand faible en ce genre était de se piquer d'impiété et d'y vouloir surpasser les plus hardis.
  Je me souviens qu'une nuit de Noël à Versailles, où il accompagna le roi à matines et aux trois messes de minuit, il surprit la cour par sa continuelle application à lire dans le livre qu'il avait apporté, et qui parut un livre de prière.
La première femme de chambre de Mme la duchesse d'Orléans
(1), ancienne dans la maison, fort attachée et fort libre, comme le sont tous les vieux bons domestiques, transportée de joie de cette lecture, lui en fit compliment chez Mme la duchesse d'Orléans le lendemain, où il y avait du monde.
M. le duc d'orléans se plut quelques temps à la faire danser, puis lui dit :
" Vous êtes bien sotte, madame Imbert.
Savez-vous donc ce que je lisais ? C'était Rabelais que j'avais porté de peur de m'ennuyer ".


(1) Mlle de Blois, fille légitimée de Louis XIV et de Mme de Montespan, épouse du Régent..

Chroniques galantes et indiscrètes d'autrefois
Le Régent, ses filles, ses maîtresses
d'après Saint-Simon
(notes et appendices par A.Meyrac)
Albin Michel 
1928

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Mercredi 14 novembre 2007

prisona.jpg
A la Conciergerie, 30 prairial

Pour t'éviter un entretien funeste,
Je suis parti sans prendre tes adieux:
J'ai remis à ma soeur cet anneau précieux
Que je reçus de toi : ton portait seul me reste.
Ce doux portrait attaché sur mon coeur,
De ton absence adoucira l'horreur,
   D'une amante chérie il me peindra les charmes,
D'un amant malheureux il recevra les larmes.
Caché soigneusement aux yeux de mes bourreaux,
Il me consolera dans le fond des cachots.
Malgré mes ennemis, en dépit de leur rage,
Je pourrai contempler ta bienfaisante image,
La coler sur ma bouche, et de baisers brûlans
Couvrir cent fois du jour, tes traits attendrissans.
S'ils pouvaient... les bourreaux ! dans leur haine implacable
S'ils pouvaient me ravir ce portrait adorable !...
Mais, c'est en vain qu'ils viendraient le chercher,
Jusqu'au tombeau je saurai le défendre;
Et si, malgré mes soins, je le laissais surprendre,
De mon coeur tout sanglant il faudrait l'arracher.

P.Dumontet Lambertie

(texte et orthographe d'époque)

Tiré du :

"Tableau des prisons de Paris"
Sous le règne de Robespierre

Chez Michel, rue Hautefeuille, N° 36.


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Dimanche 11 novembre 2007
nv11-001.jpg



Pierre-Nicolas Philippeaux,  né à Ferrières le 5 mars 1756, fut avocat au présidial du Mans. Elu député de la Sarthe à la Convention nationale, il se rangea du côté de Danton.
Homme probe mais aux capacités médiocres, ses tergiversations, puis son orgueil contribuèrent à le perdre. Envoyé devant le tribunal révolutionnaire, Fouquier-Tinville se moquant de lui, il lui répondit :
" Il vous est permis de me faire périr, mais m'outrager je vous le défends".
Condamné à mort, il fut guillotiné le 16 germinal an II (5 avril 1794).  



*****

Première lettre de Philippeaux à sa femme,Marguerite-Françoise Carlier.

Au Luxembourg, le 11 germinal

Je te conjure, ma tendre et vertueuse amie, de soutenir le coup qui nous frappe, avec autant de calme et de sécurité que j'en éprouve dans ma nouvelle demeure: je crois être aussi bien que peut l'être un prisonnier. La cause qui m'a procuré cet acte de vengeance doit élever et agrandir nos âmes. Sois digne d'elle et de moi, en repoussant toute atteinte de douleur et d'accablement. Il est beau de souffrir pour la république et le bonheur du peuple.
Je te salue et te presse contre mon coeur.

Philippeaux

Je viens d'apprendre que Danton, Camille (1) et Lacroix (2) sont également arrêtés ; j'en ignore la cause.

1) Desmoulins - 2) Jean-François Delacroix.

******
Deuxième lettre de Philippeaux à sa femme

Au Luxembourg, le 12 germinal

J'ai reçu hier, ma vertueuse et tendre amie, le paquet de linge et ustensiles que tu m'as envoyés.
Je t'engage d'aller à la convention avec mon fils, et de lui demander pour quel crime je suis arrêté, séquestré de la société entière, et réduit à ne pouvoir même lire un journal; tu connais mon coeur; jamais il n'eut rien de mystérieux pour toi, et tu sais que le plus ardent amour de la république, le plus pur dévouement à son salut, est mon unique passion. Il y a dans mon arrestation une bien fatale méprise, ou une grande scélératesse.
Je voudrais que cette énigme me fût expliquée, pour connaître au moins mon sort. Au surplus du courage et de la dignité. La femme d'un martyr et d'un homme vertueux ne doit prendre le ton suppliant vis-à-vis de
personne.Si vous êtes justes, brisez les fers de la vertu outragée. Si vous êtes des lâches ou des méchants, je n'ai plus rien à vous dire.
Envoie-moi, te te prie, une demi-livre de tabac, car j'en manque depuis hier soir, et je dirais presque comme le bon Suisse : que c'est comme si on manquait de pain. Au reste, tous les égards de l'humanité me sont offerts, et si tu obtiens la permission de venir me voir, tu seras contente de mon petit logement.
Embrasse mon Auguste.

Philippeaux



Tirées du :

livre1.jpg" Tableau des prisons de Paris
sous le règne de Robespierre "
Chez Michel, rue Hautefeuille, N° 36.


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Samedi 10 novembre 2007

Coigny.jpg




Ligne adorait les gens d'esprit et particulièrement Madame de Coigny dont il était fort épris. Il écrivit souvent des lettres charmantes à celle qu'il appelait "son adorée".





A la marquise de Coigny - Kiew, mai 1787

"Savez-vous pourquoi, madame la marquise, je vous regrette ? C'est que vous n'êtes pas une femme comme une autre, et que je ne suis pas un homme comme un autre: car je vous apprécie mieux que vos entoureurs.
Et savez-vous pourquoi vous n'êtes pas une femme comme une autre? C'est que vous êtes bonne, quoique bien des gens ne le croient pas. C'est que vous êtes simple, quoique vous fassiez toujours de l'esprit, c'est-à-dire que vous le trouvez tout fait. C'est votre langue. On ne peut pas dire que l'esprit est dans vous, mais vous êtes dans l'esprit. Vous ne courez pas après l'épigramme; c'est elle qui vient vous chercher.

Au lieu d'être une maréchale du Luxembourg dans votre jeunesse, ce qui vous aurait plus amusée, avec plus d'indulgence, vous en serez une dans cinquante ans, une madame du Deffand pour le piquant, une madame Geoffrin pour les définitions et une maréchale de Mirepoix pour le goût. A vingt ans vous possédez le résultat des trois siècles qui composent l'âge de de ces dames. Vous avez la grâce des élégantes, sans en avoir pris l'état. Vous êtes supérieure, sans alarmer personne que les sots.
(...) Vous êtes la plus aimable femme et le plus joli garçon, et enfin ce que je regrette le plus".
(...) Ah ! mon dieu ! Ce que c'est de nous ! Je m'effraye de devoir vous écrire peut-être :

 Mais à revoir Paris je ne dois pas prétendre;
Dans la nuit du tombeau je suis prêt à descendre.

Cette idée m'afflige, car je veux vous revoir. Vous me tenez bien plus à coeur que tout Paris ensemble".

Par ses attaches à la famille de Rohan, Louise-Marthe de Conflans, marquise de Coigny, jouissait de toutes les faveurs de la cour. Après l'affaire du collier, la famille Rohan se retira de la cour et la marquise de Coigny devint frondeuse et embrassa le parti du Palais Royal. Elle forma une petite cour et parmi ses fervents admirateurs, on comptait le prince de Ligne et Lauzun. Pendant la révolution, la marquise émigra en Angleterre. Puis elle se rallia à l'empire. Dans ses entretiens fréquents avec l'empereur, celui-ci ne manquait jamais de lui dire : " Comment va la langue? ", car madame de Coigny passait à juste titre pour être l'une des femmes les plus spirituelles de son temps. Elle mourut du choléra en 1832.
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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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