
Pierre-Nicolas Philippeaux, né à Ferrières le 5 mars 1756, fut avocat au présidial du Mans. Elu député de la Sarthe à la Convention nationale, il se rangea
du côté de Danton.
Homme probe mais aux capacités médiocres, ses tergiversations, puis son orgueil contribuèrent à le perdre. Envoyé devant le tribunal révolutionnaire,
Fouquier-Tinville se moquant de lui, il lui répondit :
" Il vous est permis de me faire périr, mais m'outrager je vous le défends".
Condamné à mort, il fut guillotiné le 16 germinal an II (5 avril 1794).
Première lettre de Philippeaux à sa femme,Marguerite-Françoise Carlier.
Je te salue et te presse contre mon coeur.
Philippeaux
Je viens d'apprendre que Danton, Camille (1) et Lacroix (2) sont également arrêtés ; j'en ignore la cause.
1) Desmoulins - 2) Jean-François
Delacroix.
J'ai reçu hier, ma vertueuse
et tendre amie, le paquet de linge et ustensiles que tu m'as envoyés.
Je t'engage d'aller à la convention avec mon fils, et de lui demander pour quel crime je suis arrêté, séquestré de la société entière,
et réduit à ne pouvoir même lire un journal; tu connais mon coeur; jamais il n'eut rien de mystérieux pour
toi, et tu sais que le plus ardent amour de la république, le plus pur dévouement à son salut, est mon unique passion. Il y a dans mon arrestation une bien fatale méprise, ou une grande
scélératesse.
Je voudrais que cette énigme me
fût expliquée, pour connaître au moins mon sort. Au surplus du courage et de la dignité. La femme d'un martyr et d'un homme vertueux ne doit prendre le ton suppliant vis-à-vis de
personne.Si vous êtes justes, brisez les fers de la vertu
outragée. Si vous êtes des lâches ou des méchants, je n'ai plus rien à vous dire.
Envoie-moi, te te prie, une demi-livre de tabac, car j'en manque depuis hier soir, et je dirais presque comme le bon Suisse : que
c'est comme si on manquait de pain. Au reste, tous les égards de l'humanité me sont offerts, et si tu obtiens
la permission de venir me voir, tu seras contente de mon petit logement.
Embrasse mon Auguste.
Tirées du :
" Tableau des prisons de Paris
sous le règne de Robespierre "
Chez Michel, rue Hautefeuille, N° 36.





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