"Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence , (...) avait alors seize ans, et déjà Son Altesse Royale, envahie par un embonpoint extrêmement précoce, roulait
plutôt qu'elle ne marchait. On présageait dès lors qu'à l'âge de vingt ans il faudrait hisser mécaniquement à cheval ce colonel-général des carabiniers. M. le comte de Provence, mal fait, mal posé sur ses jambes, avait une figure agréable, un bel oeil, de l'esprit dans le regard, de la malice dans le sourire, et quelque peu de pédantisme dans la manière de s'exprimer.
Son Altesse Royale affichait une grande prétention au savoir et à l'érudition. L'humeur de ce prince était caustique; son caractère enclin aux détours de la subtilité : la jeune Altesse de Versailles promettait, au commencement de 1771, le Louis XVIII cauteleux de Mittau et d'Harwell. Toute l'Europe a connu mon dévouement à la maison de Bourbon; mais j'ai vu celui qui en devint le chef à la fin de 1795 trop longtemps et de trop près pour qu'il me soit possible de le juger autrement."
Frère de Louis XVI, ce prince, du même âge que Marie-Antoinette, était en effet légèrement disgracié. Petit,
très enveloppé, souffant d'une déformation congénitale de la hanche, il marchait cambré en se dandinant.
Très imbu de lui-meme, pédant, il aimait à jouer au petit maitre envers son frère à la personnalité plus effacée, frère qu'il jalousait depuis l'enfance. " Me voilà condamné pour la vie à
ne plus agir d'après moi-même; car à l'avenir, mon devoir est de toujours mettre mon pied dans la place dont le Roi, mon frère, vient d'ôter le sien " confia-t-il au prince de
Montbarey.
Non seulement, il le jalousait mais il le méprisait. Pour dépeindre sa personnalité, il disait :
" Imaginez deux grosses boules d'ivoire huilées que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble ". Louis XVI n'ignorait pas le comportement de son frère mais, résigné,
il se contentait de ne jamais lui faire de confidence.
Provence, soupçonné d'être, entre autres, à l'origine de certaines calomnies envers Marie-Antoinette, affectait de faire une cour respectueuse à cette dernière qui se méfiait de lui.





Derniers Commentaires