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Mardi 25 septembre 2007

mariea.jpgLéonard, coiffeur de son état, aperçut la première fois la Dauphine Marie-Antoinette lorsque celle-ci descendit de son carrosse dans la cour de marbre à Versailles le 16 juillet 1770.
Il livre dans son "Journal" ses toutes premières impressions et trace d'un oeil expert le portait physique de la très jeune Marie-Antoinette. Un portrait qui, lui-même l'avoue, ne ressemble pas - et il s'en excuse ...- "à ceux que les poètes ont tracé avec de si brillantes couleurs". Notre gascon le dit tout net : il joue la franchise. Soit.

" A son arrivée en France, Marie-Antoinette n'était alors ni belle, ni jolie, ni même séduisante. Il n'y avait en elle que des promesses de beauté.
Sa taille, bien prise, élancée mais déparée par une extrème maigreur, manquait encore de grâce, sans être toutefois disgraciée par cette roideur autrichienne (...). La fille de Marie-Thérèse dont les cheveux étaient alors d'un blond cendré me parut fort mal coiffée.
Les yeux de la Dauphine étaient d'un beau bleu d'azur, d'une expression vive et spirituelle, un peu hardie. Elle avait le front élevé, le nez aquilin trop prononcé, la bouche petite, les lèvres épaisses mais d'une grande fraîcheur, le teint d'une blancheur éclatante et relevé par des couleurs naturelles un peu fortes.
Marie-Antoinette portait la tête haute; il y avait de la fierté dans ses manières mais une fierté tempérée par un air et un ton de douceur qui captivaient au moment ou l'on allait se trouver offensé de l'orgueil que cette affabilité démentait avec bonheur."

Puis, il esquisse son portrait moral.

"Le fond de son caractère était la douceur; jamais un acte de méchanceté ni même de malice offensante ne se faisait remarquer dans sa conduite; mais on pouvait prendre pour l'élan d'un naturel fâcheux les mouvements impérieux qui échappaient à cette archiduchesse. Quant aux qualités de son sexe, la princesse royale les rendait perpétuellement dépendantes de ses vives inclinations, on peut dire qu'elle était vertueuse par principes, mais légère à l'excès par entraînement. Résister à un désir paraissait à Marie-Antoinette l'effort le plus difficile et l'on sait que les grands se livrent peu volontiers à des soins laborieux, pour le mérite, un peu terne, qui résulte de l'exercice des vertus privées."

Quelques pages plus loin, il dépeint son entourage. Sans ménagement, toutes griffes dehors, diront certains.

" Elle (ndlr: la société de Marie-Antoinette) se composa de femmes amies du plaisir, ennemies de la gêne, riant de tout, même des propos qu'on tenait sur leur réputation, et ne reconnaissant pour loi que la nécessité de passer joyeusement la vie, derrière une mince et quelquefois trompeuse cloison de bienséances, cachant mal ou ne cachant point du tout certains travers approchant du scandale. La dame d'honneur * vit dans l'invasion de cet essaim folâtre le point de départ d'une décadence prochaine de la monarchie."

* Il s'agit de Madame de Noailles, surnommée par Marie-Antoinette "Madame Etiquette", dont la mission consistait à guider la jeune Dauphine dans ce dédale inextricable, empesé et étouffant du cérémonial de la cour de Versailles.
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Dimanche 16 septembre 2007

Coiffure-a.jpg C'est ainsi que madame de Genlis évoqua dans ses Mémoires l'arrivée de ce coiffeur de légende à la cour.

Peu de temps après son arrivée à Paris, un soir d’été de l’an 1769,  les dames commencèrent à murmurer : " ll est fort bien, ce jeune homme, beaux yeux bleus, vraiment ! , quelle jolie chevelure, en vérité !, son pied est charmant, je n’ai jamais vu jambe mieux tournée "...
Si Jean Léonard Autié n’avait en poche que cinq écus et un peigne d’écaille, il avait, avoue-t-il, une ample provision de confiance en lui-même. Léonard devint très rapidement ce que l’on appelait alors "un miroir à fillettes".
Bien qu’il ait déjà "crêpé", "poudré " à Bordeaux, à Toulouse ou à Marseille, ce jeune arriviste gascon savait que l’art de la Coiffure n’existait qu’à Paris. Déterminé à surpasser tous ces lourds perruquiers, empesés et convenus, sans imagination qui laissaient " tomber en quenouille " l’art de la coiffure, il s’imposa vite comme l’arbitre des élégances capillaires.
Pour Léonard, le peigne d’un coiffeur était " le violon d’un virtuose, l’épée d’un général, le canapé d’une beauté sensible ". Un coiffeur digne de ce nom  devait s’apparenter à un général d’armée qui au moyen d’une aigrette, d’un croissant ou d’une demi-lune judicieusement placés sur une chevelure  déterminait la victoire d’un joli minois : " Nul ennemi ne résiste à notre tactique, nous étendons, nous assurons l’empire de la beauté. La coiffure, qui, coquette, langoureuse ou mélancolique devait exprimer, modifier ou  déguiser les passions, devait se glisser, inaperçue, dans le cœur, ou l’escalader de vive force, comme un soldat à l’assaut ".
Et il remporta victoires sur victoires : d’abord coiffeur  du Tout-Paris, il dut sa gloire à un simple bout de gaze rose qu’il entremêla dans les cheveux cendrés de Marie-Antoinette : " Cette coiffure de fée marqua le point de départ de ma réputation (...) Marquises, comtesses, duchesses voulaient m'avoir à tout prix et je ne pouvais me donner à personne : Marie-Antoinette se montrait jalouse de moi comme d'un amant "... Coiffeur-valet de chambre de la reine qu’il suivit dans sa fuite à Varennes,  il fut aussi l’homme de l’intimité, une sorte de confesseur du cabinet de toilette de la fine fleur de cette fin de siècle.
Ce " champion des échafaudages capillaires " qui sut saisir le " vent de folie qui submergea les élites du règne de Louis XVI, et qui au fil de sa réussite, loin d’atténuer ses audaces, alla les accentuant " fut aussi un homme de lettres et d’esprit qui publia son « Journal » sous la Restauration. Un  journal  qui, si son authenticité fut mise en cause, n’en est pas moins un pur délice. Roman d’une époque, il raconte "cette décennie galante et libertine ou le bel esprit, l’extravagance et la parure donnaient le ton à l’Europe entière depuis les salons de Versailles ".

 

« Journal de Léonard »
Les éditeurs Libres

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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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