C'est ainsi que madame de Genlis évoqua dans ses Mémoires l'arrivée de ce coiffeur de légende à la cour.
Peu de temps après son arrivée à Paris, un soir d’été de l’an 1769, les dames commencèrent à
murmurer : " ll est fort bien, ce jeune homme, beaux yeux bleus,
vraiment ! , quelle jolie chevelure, en vérité !, son pied est charmant, je n’ai jamais vu jambe mieux tournée "...
Si Jean Léonard Autié n’avait en poche que cinq écus et un peigne d’écaille, il avait, avoue-t-il, une ample provision de
confiance en lui-même. Léonard devint très rapidement ce que l’on appelait alors "un miroir à fillettes".
Bien qu’il ait déjà "crêpé", "poudré " à Bordeaux, à Toulouse ou à Marseille, ce jeune arriviste gascon savait que l’art de la Coiffure n’existait qu’à Paris. Déterminé à surpasser tous ces
lourds perruquiers, empesés et convenus, sans imagination qui laissaient " tomber en quenouille " l’art de la coiffure, il s’imposa vite comme l’arbitre des élégances capillaires.
Pour Léonard, le peigne d’un coiffeur était " le violon d’un virtuose, l’épée d’un général, le canapé d’une beauté sensible ". Un coiffeur digne de ce nom devait
s’apparenter à un général d’armée qui au moyen d’une aigrette, d’un croissant ou d’une demi-lune judicieusement placés sur une chevelure déterminait la victoire d’un joli
minois : " Nul ennemi ne résiste à notre tactique, nous étendons, nous assurons l’empire de la beauté. La coiffure, qui, coquette, langoureuse ou mélancolique devait exprimer, modifier
ou déguiser les passions, devait se glisser, inaperçue, dans le cœur, ou l’escalader de vive force, comme un soldat à l’assaut ".
Et il remporta victoires sur victoires : d’abord coiffeur du Tout-Paris, il dut sa gloire à un simple bout de gaze rose qu’il entremêla dans les cheveux cendrés de
Marie-Antoinette : " Cette coiffure de fée marqua le point de départ de ma réputation (...) Marquises, comtesses, duchesses voulaient m'avoir à tout prix et je ne pouvais me
donner à personne : Marie-Antoinette se montrait jalouse de moi comme d'un amant "... Coiffeur-valet de chambre de la reine qu’il suivit dans sa fuite à Varennes, il fut
aussi l’homme de l’intimité, une sorte de confesseur du cabinet de toilette de la fine fleur de cette fin de siècle.
Ce " champion des échafaudages capillaires " qui sut saisir le " vent de folie qui submergea les élites du règne de Louis XVI, et qui au fil de sa réussite, loin d’atténuer ses audaces, alla
les accentuant " fut aussi un homme de lettres et d’esprit qui publia son « Journal » sous la Restauration. Un journal qui, si son authenticité fut mise en cause, n’en est
pas moins un pur délice. Roman d’une époque, il raconte "cette décennie galante et libertine ou le bel esprit, l’extravagance et la parure donnaient le ton à l’Europe entière depuis les salons
de Versailles ".
« Journal de Léonard »
Les éditeurs Libres





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