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Vendredi 24 août 2007
Tencin-a.jpg 
Un jour, on louait sa douceur :
 « Oui, dit l’abbé Trublet, si elle eût eu intérêt de vous empoisonner, elle eût choisi le poison le plus doux ».
 Chamfort, caractères et anecdotes.

Un seul principe gouvernait la vie de madame de Tencin : « le droit à l’individu de décider de son propre destin ».  Pendant près de trente ans, Alexandrine Claudine Guérin de Tencin batailla pour recouvrer sa liberté.
Destinée au couvent dès sa naissance,  ni ses pleurs, ni ses appels à l’aide, ni ses menaces de suicide ne purent ébranler la décision de son père. Entrée au couvent dès l’âge de huit ans, elle prit le voile à seize ans (après avoir fait toutefois consigner par un notaire ses réserves sur le geste qu’elle venait d’accomplir). Sept ans plus tard, à la mort de son père, un « bref » du pape Clément IX annula ses vœux. Mais ce n’est qu’en 1712 qu’elle put pleinement disposer de sa personne. Elle avait alors trente ans.
Considérant comme nulles ses années de vie religieuse forcée, s’acharnant à jouir des plaisirs que la vie lui avait jusqu’alors refusés, madame de Tencin, que certains continuèrent à appeler " la nonne " ou "la défroquée ", laissait derrière elle un net parfum de scandale.
Sulfureuse, aventurière et intrigante, elle le fut.... choisissant ses amants plus par spéculation et calcul politique que par amour-goût (mot d’ordre du libertinage sous la Régence).
Parmi les plus célèbres : le Régent, liaison assez brève qui se termina sur ces propos : « Je n’aime pas les p... qui parlent d’affaires entre les draps ». Le premier ministre du Régent, l’infatigable cardinal Dubois dont le cynisme, la passion du pouvoir et le réalisme politique ne pouvaient que plaire à Alexandrine. Un secrétaire d’Etat aux affaires étrangères de passage à Paris, Lord Bolingbroke. Un amant d’un jour, Law. Le chevalier Destouches, affable et généreux, dont elle aura un fils, d’Alembert, qu’elle abandonnera aux Enfants Trouvés *. Un banquier, Charles de La Fresnaye, qu’elle accula plus ou  moins au suicide en refusant entre autres de lui rendre les obligations qu’il lui avait confiées. Pour se venger, il laissa une lettre l’accusant d’avoir voulu l’assassiner. Cela valut trois mois de Bastille à Alexandrine de Tencin.
Le seul sentiment vrai, sincère qu’elle éprouva peut-être fut pour son frère, Pierre, de trois ans son aîné et destiné lui aussi à l’Eglise dès sa naissance. On leur prêta une liaison incestueuse. Quoiqu’il en soit, l’abbé de Tencin dut à la farouche détermination de sa sœur et son chapeau de cardinal et son portefeuille de ministre d’Etat.
 «le roi ( Louis XV ) détestait feu madame de Tencin, et il lui vient de la chair de poule quand on parle d’elle », écrivit le Marquis d’Argenson à la mort de cette dernière. Il la détestait, mais elle n’en fut pas moins sa très talentueuse entremetteuse, assurant la destinée des maitresses royales, madame de Chateauroux, madame de Mailly et la Pompadour.
Madame de Tencin... une infatigable intrigante, une aventurière sans scrupules. Mais aussi une femme de lettres respectée et aimée par les plus grands intellectuels de son temps (Fontenelle, Montesquieu, Marivaux), ses « bêtes » comme elle aimait à les appeler, séduits par son anticonformisme moral, sa grande connaissance des hommes, son esprit curieux, son agilité intellectuelle, sa liberté de ton, par la spontanéité et la richesse des débats qui avaient lieu dans son salon, débats au cours desquels tous les sujets étaient librement abordés, du plus banal au plus sublime. L’heure n’étant plus au ton courtois et désinvolte mais à  la confrontation serrée des idées, tout ce que la première moitié de ce siècle compta de plus illustre dans le domaine de la littérature et de l’érudition fréquenta madame de Tencin.
Madame de Tencin... ou "la victoire de l'intelligence sur la respectabilité".

 
* cf. "Les enfants du pavé au XVIIIème".

Si le chevalier Destouches ne reconnut jamais officiellement son fils, il veilla à son éducation, entretint avec lui des rapports affectueux et insista pour que le nom de Jean le Rond qu’on lui avait donné en fonction du lieu où il avait été trouvé fût remplacé par celui de d’Alembert
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Lundi 20 août 2007
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Enfants perdus dans le labyrinthe des ruelles de Paris, enfants oubliés par une gardienne insouciante,  enfants qui s’enfuient de leur domicile, enfants abandonnés dès leur naissance, leur nombre (près de deux mille par an) inquiétait et préoccupait aussi bien les autorités que les institutions charitables.

«Les enfants perdus sont conduits d’abord chez un commissaire. Le second jour, on les mène à l’Hôtel de la Police ou ils restent exposés. Le quatrième, on les transfère aux Enfants Trouvés s’ils ont moins de trois ans ; les autres plus âgés sont envoyés à la Pitié, hôpital hideux sous plus d’un rapport. Ils sont enregistrés du jour qu’ils rentrent, avec un nom et une marque. Mais bientôt leurs parents ne les reconnaitraient même plus, tant la misère et l’abandon auront défiguré leurs traits ». L.S. Mercier

Sans compter bien sûr les nouveau-nés que l’on déposait dans le renfoncement d’une porte cochère ou au coin d’une église, petits paquets informes sur lesquels était - parfois-  épinglé un billet renfermant quelques précisions sur leur état de santé.  Ceux-ci étaient immédiatement transportés à l’hôpital des Enfants Trouvés, tenu par les sœurs de la Charité, rue du faubourg Saint-Antoine, une bâtisse décrépite et à l’hygiène souvent fatale. Un véritable mouroir. Abandonner dans ce lieu un enfant était une « sorte d’infanticide différé, ils mouraient presque tous avant d’avoir atteint deux mois » (Duc de Castries). Parfois, sitôt baptisé, une sage-femme amenait le nourrisson dans cet hospice, après avoir décliné son nom et prénom et après avoir signé une déclaration d’abandon. Il arrivait aussi que ce soient les familles elles-mêmes qui amènent l’enfant en expliquant les motifs de l’abandon :«Mardi 23 août 1763, 9 heures ½ du matin. A été apporté par Blaise Fournil, gagne-deniers, demeurant rue des Vertus, un enfant femelle, baptisée le 10 Janvier 1763, en la paroisse St Nicolas des Champs, et nommée Geneviève, fille de Levy comparant et d’Anne le Roy, sa femme, décédée depuis sa couche, lequel nous a dit et déclaré qu’il se trouve hors d’état de pouvoir faire élever sa fille attendu son état d’indigence ».
Le 16 Décembre 1717, le commissaire au Châtelet, Nicolas Delamare, rédigea ce procès-verbal :
«Ce novembre 1717 a été ramassé un garçon nouvellement né, trouvé  exposé et abandonné dans une boite en sapin blanc sur le parvis de Notre-Dame, sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond, que nous avons fait à l’instant porter à la Couche des Enfants-Trouvés, pour y être nourri et allaité en la manière accoutumée ». Le père, le chevalier Destouches, récupéra l’enfant. Quant à la mère, la fort célèbre madame de Tencin (dont je reparlerai plus tard), s’entêtant à vouloir garder secret ce qui était connu de tous, elle ne se préoccupa jamais de son fils, se conduisit comme s’il n’avait jamais existé, même lorsqu’il fut célèbre. Et ce fils s'appelait d’Alembert.

 

 

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Lundi 13 août 2007
01VersaillesDecaux.gif
 
" J'ai voulu, à Versailles, évoquer des ombres. Je suis allé à leur rencontre, je les ai interrogées. J'ai cru entendre leurs voix, leurs rires, leurs sanglots, dans les salles sonores où retentirent leurs pas. Ces héros romanesques, sans être de roman, je les ai observés, travaillant à la grandeur de l'Etat, dans l'extraordinaire décor d'une monarchie qui se voulait absolue. Je les ai considérés s'emprisonnant dans un isolement qui causa leur perte. Qu'on ne cherche pas des portraits achevés. Des ombres ne se prêtent pas à de vastes ensembles. On trouvera ici de simples croquis. Mon dessein sera rempli si le lecteur, après avoir lu ces pages, se sent tenté de revoir cette merveille : Versailles ". Alain Decaux.                                                             
 

Alain Decaux, on ne le présente plus. Historien populaire et sympathique, à la plume aussi déliée que la langue (je fais ici allusion bien entendu à ses talents de conteur...), qui a donné le goût de l'Histoire (la grande), à des générations entières de personnes peu portées sur cette discipline, en passant souvent par l'histoire (la petite). Ce qui est à la fois fort astucieux et fort judicieux.
Dans ce petit livre, aimable et vite lu, il récidive : il donne le goût de Versailles et de ses "acteurs", de ceux qui ont participé à sa gloire ou à son déclin, en relatant des petits instants de vie, des petits (ou grands) moments d'Histoire, en traçant toute une galerie de portraits souvent teintés d'humour ("Louis XIV a vécu entouré de médecins. Il n'en a pas moins atteint soixante-dix-sept-ans "* ). Silhouettes souvent à peine esquissées, en effet, mais qui s'animent de façon plaisante sous sa plume.
" Mon dessein sera rempli si le lecteur, après avoir lu ces pages, se sent tenté de revoir cette merveille : Versailles ", disiez-vous ? Après que l'on ait lu ce livre, en douteriez-vous encore ...

C'était Versailles
Alain Decaux
Tempus
* et si l'on veut tout savoir sur la grandeur mais surtout sur les "misères" de Louis XIV, deux livres fort intéressants :
- "Journal de santé de Louis XIV "(éditions Jérome Millon), journal écrit, cinquante huit années durant  par les... médecins  du roi : Vallot, Daquin et Fagon.
-  "Le corps du Roi-Soleil" par Michelle Caroly (Imago/les éditions de Paris).
Impressionnant...
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Samedi 11 août 2007
 
Petite note écrite à la demande d’une adorable petite "passionaria" de la Révolution française sur les évènements qui conduisirent au renversement de la monarchie.

Le 24 juillet 1792, du palais des Tuileries, Marie-Antoinette écrivait à Fersen : « On l’attend avec une extrême impatience, nécessairement, il ralliera beaucoup de monde autour du roi et le mettra en sureté (...) La troupe des assassins grossit très vite ».
Qui attendait-elle ? Que lui avait laissé espérer Fersen dans ses lettres ? Le duc de Brunswick, généralissime des armées austro-prussiennes, qui « à la tête de 30.000 hommes d’élite, marchera droit sur Paris ». Alors qu’à Paris, les rumeurs sur la trahison des souverains couraient, que les masses, hantées par le complot aristocratique, commençaient à s’armer, Fersen annonçait également à la reine que Brunswick ferait précéder son entrée par « un manifeste très fort, au nom des puissances coalisées, qui rendront la France entière et Paris en particulier responsables des personnes royales ». «On aura soin que le manifeste soit le mieux possible ; nous nous en occupons », écrit-il à la reine le 10 juillet.  Le 26 juillet, il lui précise qu’il a insisté pour que le texte soit très lourd de menaces. Et il le fut en effet.

Début août, ce manifeste connu sous l’appellation du « Manifeste de Brunswick » fut divulgué : « si le château des Tuileries est forcé ou insulté, s’il est fait la moindre violence, le moindre outrage à leurs majestés le Roi et la Reine et à la Famille Royale (…) elles (ndlr: les forces alliées) en tireront une vengeance exemplaire et à jamais mémorable en livrant la ville de Paris à une exécution militaire et à une subversion totale, et les révoltés coupables d’attentats, aux supplices qu’ils auront mérités ».

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Le résultat ne se fit pas attendre. De toutes parts, on réclama la déchéance de Louis XVI.
Les sections, la population des faubourgs, les fédérés s’armèrent. Les Marseillais se joignirent à eux, entonnant le "chant de guerre de l’armée du Rhin" (qui deviendra "la Marseillaise"). Mandat, le commandant de la garde nationale, prépara la défense des Tuileries : aux 900 Suisses, il ajouta 250 chevaliers de Saint-Louis en civil, à peine armés, 900 gendarmes et des gardes nationaux, ces deux derniers corps étant beaucoup moins sûrs (« Plus de roi » avaient crié certains d’entre eux). Le soir du 9 août, résonna la cloche des Trois Cordeliers, une autre lui répondit, puis une autre. Bientôt, toutes les églises de Paris sonnèrent le tocsin, de toute part, de sourds roulements de tambour retentirent.
tuileries.jpg

Le 10 août au matin, le roi, pressentant le danger, demanda la protection de l’Assemblée nationale : « Je viens, messieurs, pour éviter un grand attentat, pensant que je ne puis être mieux en sureté qu’au milieu de vous  ». Pendant ce temps, aux Tuileries, la bataille faisait rage. Les émeutiers avaient investi le château, les Suisses tiraient au canon. Des exactions de toute sorte se perpétrant dans le château, Louis XVI demanda aux Suisses de  déposer leurs armes.
suisses.jpgIls obéirent, la rage au cœur, et furent massacrés par les insurgés.

L’Assemblée vota la suspension provisoire du roi et son internement à la tour du Temple.
La vieille monarchie avait vécu.

 

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Mercredi 8 août 2007
05417r.jpgGravure (1794) montrant une vieille femme, une sans-culotte, portant des vêtements en lambeaux, bras croisés sur la poitrine et tenant dans une main un pistolet avec lequel elle vient de tirer sur un homme gisant au sol, et dans l'autre main une dague. Sont dessinés sur son vêtement des têtes de mort et des tibias croisés ; elle porte au cou une guillotine miniature, et des serres (de rapace) sortent de ses chaussures. En arrière plan, à une taverne, des hommes fument la pipe et jouent aux boules avec des crânes sous une enseigne représentant la tête coupée et ensanglantée de Louis XVI et où est pendu un corps dénudé.


05418r-a.jpg
Gravure (1794) montrant un homme, un sans-culotte, vêtu de haillons rayés de bleu blanc et rouge; il a une pique à la main, porte des pistolets à la ceinture sur laquelle est écrit " Guerre, éternelle guerre ". Un enfant mort est fourré dans sa poche. En arrière-plan, sur un socle portant l'inscription " C'est ça notre Dieu " se trouve une guillotine remplaçant un crucifix couché au sol; dans le lointain, plusieurs corps sont pendus à une potence.



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Mercredi 8 août 2007

Ces iconographies proviennent vraisemblement de la réaction thermidorienne (après la mort de Robespierre).

Caricature-Rob2-b.jpg
Caricature-Rob1-a.jpg




 

 

 

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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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