Un jour, on louait sa douceur :
« Oui, dit l’abbé Trublet, si elle eût eu intérêt de vous empoisonner, elle eût choisi le poison le plus doux ».
Chamfort, caractères et anecdotes.
Un seul principe gouvernait la vie de madame de Tencin : « le droit à l’individu de décider de son propre
destin ». Pendant près de trente ans, Alexandrine Claudine Guérin de Tencin batailla pour recouvrer sa liberté.
Destinée au couvent dès sa naissance, ni ses pleurs, ni ses appels à l’aide, ni ses menaces de suicide ne purent ébranler la décision de son père. Entrée au couvent dès l’âge
de huit ans, elle prit le voile à seize ans (après avoir fait toutefois consigner par un notaire ses réserves sur le geste qu’elle venait d’accomplir). Sept ans plus tard, à la mort de son père,
un « bref » du pape Clément IX annula ses vœux. Mais ce n’est qu’en 1712 qu’elle put pleinement disposer de sa personne. Elle avait alors trente ans.
Considérant comme nulles ses années de vie religieuse forcée, s’acharnant à jouir des plaisirs que la vie lui avait jusqu’alors refusés, madame de Tencin, que certains continuèrent à appeler " la
nonne " ou "la défroquée ", laissait derrière elle un net parfum de scandale.
Sulfureuse, aventurière et intrigante, elle le fut.... choisissant ses amants plus par spéculation et calcul politique que par amour-goût (mot d’ordre du libertinage sous la Régence).
Parmi les plus célèbres : le Régent, liaison assez brève qui se termina sur ces propos : « Je n’aime pas les p... qui parlent d’affaires entre les draps ». Le premier
ministre du Régent, l’infatigable cardinal Dubois dont le cynisme, la passion du pouvoir et le réalisme politique ne pouvaient que plaire à Alexandrine. Un secrétaire d’Etat aux affaires
étrangères de passage à Paris, Lord Bolingbroke. Un amant d’un jour, Law. Le chevalier Destouches, affable et généreux, dont elle aura un fils, d’Alembert, qu’elle abandonnera aux Enfants Trouvés
*. Un banquier, Charles de La Fresnaye, qu’elle accula plus ou moins au suicide en refusant entre autres de lui rendre les
obligations qu’il lui avait confiées. Pour se venger, il laissa une lettre l’accusant d’avoir voulu l’assassiner. Cela valut trois mois de Bastille à Alexandrine de Tencin.
Le seul sentiment vrai, sincère qu’elle éprouva peut-être fut pour son frère, Pierre, de trois ans son aîné et destiné lui aussi à l’Eglise dès sa naissance. On leur prêta une liaison
incestueuse. Quoiqu’il en soit, l’abbé de Tencin dut à la farouche détermination de sa sœur et son chapeau de cardinal et son portefeuille de ministre d’Etat.
«le roi ( Louis XV ) détestait feu madame de Tencin, et il lui vient de la chair de poule quand on parle d’elle », écrivit le Marquis d’Argenson à la
mort de cette dernière. Il la détestait, mais elle n’en fut pas moins sa très talentueuse entremetteuse, assurant la destinée des maitresses royales, madame de Chateauroux, madame de Mailly et la
Pompadour.
Madame de Tencin... une infatigable intrigante, une aventurière sans scrupules. Mais aussi une femme de lettres respectée et aimée par les plus grands intellectuels de son temps (Fontenelle,
Montesquieu, Marivaux), ses « bêtes » comme elle aimait à les appeler, séduits par son anticonformisme moral, sa grande connaissance des hommes, son esprit curieux, son agilité
intellectuelle, sa liberté de ton, par la spontanéité et la richesse des débats qui avaient lieu dans son salon, débats au cours desquels tous les sujets étaient librement abordés, du plus banal
au plus sublime. L’heure n’étant plus au ton courtois et désinvolte mais à la confrontation serrée des idées, tout ce que la première moitié de ce siècle compta de plus
illustre dans le domaine de la littérature et de l’érudition fréquenta madame de Tencin.
Madame de Tencin... ou "la victoire de l'intelligence sur la respectabilité".
* cf. "Les enfants du pavé au XVIIIème".







Ils obéirent, la rage au cœur, et furent massacrés par les
insurgés.





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