Enfants perdus dans le labyrinthe des ruelles de Paris, enfants oubliés par une gardienne insouciante,
enfants qui s’enfuient de leur domicile, enfants abandonnés dès leur naissance, leur nombre (près de deux mille par an) inquiétait et préoccupait aussi bien les autorités
que les institutions charitables.
«Les enfants perdus sont conduits d’abord chez un commissaire. Le second jour, on
les mène à l’Hôtel de la Police ou ils restent exposés. Le quatrième, on les transfère aux Enfants Trouvés s’ils ont moins de trois ans ; les autres plus âgés sont envoyés à la Pitié,
hôpital hideux sous plus d’un rapport. Ils sont enregistrés du jour qu’ils rentrent, avec un nom et une marque. Mais bientôt leurs parents ne les reconnaitraient même plus, tant la misère et
l’abandon auront défiguré leurs traits ». L.S. Mercier
Sans compter bien sûr les nouveau-nés que l’on déposait dans le renfoncement d’une porte cochère ou au coin d’une
église, petits paquets informes sur lesquels était - parfois- épinglé un billet renfermant quelques précisions sur leur état de santé. Ceux-ci étaient
immédiatement transportés à l’hôpital des Enfants Trouvés, tenu par les sœurs de la Charité, rue du faubourg Saint-Antoine, une bâtisse décrépite et à l’hygiène souvent fatale. Un véritable
mouroir. Abandonner dans ce lieu un enfant était une « sorte d’infanticide différé, ils mouraient presque tous avant d’avoir atteint deux mois » (Duc de Castries). Parfois,
sitôt baptisé, une sage-femme amenait le nourrisson dans cet hospice, après avoir décliné son nom et prénom et après avoir signé une déclaration d’abandon. Il arrivait aussi que ce soient les
familles elles-mêmes qui amènent l’enfant en expliquant les motifs de l’abandon :«Mardi 23 août 1763, 9 heures ½ du matin. A été apporté par Blaise
Fournil, gagne-deniers, demeurant rue des Vertus, un enfant femelle, baptisée le 10 Janvier 1763, en la paroisse St Nicolas des Champs, et nommée Geneviève, fille de Levy comparant et d’Anne
le Roy, sa femme, décédée depuis sa couche, lequel nous a dit et déclaré qu’il se trouve hors d’état de pouvoir faire élever sa fille attendu son état
d’indigence ».
Le 16 Décembre 1717, le commissaire au Châtelet, Nicolas Delamare, rédigea ce procès-verbal :
«Ce novembre 1717 a été ramassé un garçon nouvellement né, trouvé
exposé et abandonné dans une boite en sapin blanc sur le parvis de Notre-Dame, sur les marches de l’église Saint-Jean-le-Rond, que nous avons fait à l’instant porter à la
Couche des Enfants-Trouvés, pour y être nourri et allaité en la manière accoutumée ». Le père, le chevalier Destouches, récupéra l’enfant. Quant à la mère, la fort célèbre madame
de Tencin (dont je reparlerai plus tard), s’entêtant à vouloir garder secret ce qui était connu de tous, elle ne se préoccupa jamais de son fils, se conduisit comme s’il n’avait jamais
existé, même lorsqu’il fut célèbre. Et ce fils s'appelait d’Alembert.
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