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Mardi 31 juillet 2007

 

« Le comte de Tilly avait un esprit mordant qui lui faisait beaucoup d’ennemis. Lorsqu’il prenait quelqu’un à tic, il était d’une amertume extrême et disait des choses blessantes, s’embarrassant peu si ses pointes acérées ne pénétraient pas trop avant. Il fallait se garder de le provoquer car il était toujours sur la défensive et espadonnait à droite et à gauche. C’était un bel homme et de tournure élégante, d’une figure distinguée. Ainsi les femmes l’avaient gâté, et malgré beaucoup d’esprit et de tact, il ne pouvait éviter un air de fatuité et de distraction qui visait à l’impertinence. A cinquante ans, on lui en donnait à peine trente. Avec tous les moyens de plaire, il déplaisait  ».
La dame, Louise Fleury Fusil, actrice de son état, qui en parle avec autant de lucidité dans ses "Souvenirs d'une actrice", l’a bien connu.
Tilly, l’un des roués les plus en vue et les plus détestables. Personnage assez antipathique, imbu de lui-même, joueur invétéré, qui, reçu à Versailles et autorisé à participer au jeu de la reine, écrivit ses mémoires *, témoignage précieux sur le milieu des libertines et des "polissons" du 18eme.

Dans son livre, une galerie de portraits, subtils, pleins d’esprit, mais non dénués d’une certaine méchanceté, notamment  en ce qui  concerne les femmes. Et notamment envers celles qui décidèrent de mettre fin  à leur relation avec lui.  Tilly...  un mauvais perdant.
De toutes ses liaisons, celle dont il semble avoir retiré le plus d’amertume fut celle de Mme de Molé-Raymond, actrice et (très belle) épouse d’un acteur de la Comédie Française, qu’il dénigra et calomnia à grands traits, la traitant – entre autres-  de « Merteuil des coulisses ». Blessé dans sa vanité de mâle, ce grand séducteur ne semble s’être jamais remis  d’avoir été séduit puis "abandonné". Lassée par son insistance, elle lui déclara : " Croyez-moi, vous avez fait le mauvais choix ", il lui répondit :" On n’en fait presque que de mauvais, madame, parmi celles qui se laissent choisir "...

* Mémoires du Comte de Tilly
   Mercure de France

 

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Mercredi 25 juillet 2007
 
 

Derniere-lettre.gif
 Les derniers billets, les dernières lettres de condamnés à l’échafaud de l’An II, ultimes adieux d'êtres humains confrontés à l'imminence de la mort, voilà les documents  étonnants que nous livre Olivier Blanc dans son livre " La Dernière Lettre ".
Une centaine de lettres, écrites à la lueur de la veilleuse d'un cachot de la Conciergerie ou griffonnées à la hâte sur les genoux quelques heures avant de monter à l'échafaud ; leur écriture tremblée, quelquefois presque illisible, dément parfois la fermeté de ton ou la résignation qui émanent de ces ultimes adieux. Et quand leur main tremble trop, ces hommes ou ces femmes ont dicté ces lettres.
Bouleversantes, souvent pudiques, retenues, parfois distantes comme si le supplice imminent indifférait. Souvent dignes. Toujours " vraies ".  Aux portes de la mort, ces hommes et  ces femmes ne trichent pas. Quelle que soit leur classe sociale, qu'ils soient grands seigneurs ou petites gens, révolutionnaires ou royalistes, obscurs ou célèbres, ils sont tous égaux devant l’inéluctable. Une jeune prostituée, Catherine Halbourg,  interpella le duc du Châtelet, terrorisé de passer en jugement, en ces termes : « Apprenez, monsieur le duc, que ceux qui n’ont pas de nom en acquièrent un ici, et que ceux qui en ont un doivent savoir le porter ».
Dans ces billets de la dernière heure, ces " ultima verba " qui ne sont jamais parvenus à leurs destinataires car interceptés par l’administration judiciaire et l'Accusateur public, Fouquier-Tinville, peu de préoccupations politiques. En revanche, tous semblent avoir pour seul souci de laisser à leurs proches une image inaltérée, celle d'honnêtes gens ayant réglé leurs affaires d'ici-bas. Beaucoup, n'ayant pas eu le temps de mettre en ordre leur situation financière au moment de leur arrestation, font un rapport détaillé de leurs dettes ou de leurs créances;  la plupart recommandent leur âme à Dieu, sans sembler être réellement consolés par l’idée de la résurrection. Leur seul tourment, leur seule douleur : quitter ceux qu’ils chérissent, et ne pas sombrer dans l'oubli. Tous, ou presque tous, supplient leur famille de ne pas céder au désespoir : " Adieu pour jamais. Je suis pénétré du regret de te quitter, mais je supporterai mon sort avec fermeté jusqu'au dernier moment. Embrasse pour moi mes enfants et souviens-toi de leur père pour aimer sa mémoire sans être déraisonnablement affectée de sa mort " (Courtonnel, aubergiste normand) ; d'autres expriment  avec pudeur  leur souffrance de devoir renoncer à l’être aimé " Nous nous rejoindrons un jour : un peu plus tôt un peu plus tard, la faux du temps se promène sur toutes les têtes, elle nivelle tout " (Jean-Baptiste de Fontevieux), d’autres encore pardonnent à leur dénonciateur :
"C’est à l’article de la mort, citoyen, que je vous écris pour vous assurer que je n’emporte aucun ressentiment contre toi ou ni contre aucun de ceux qui m’ont, je crois  sans le vouloir, conduit où je suis... Je pardonne de tout mon cœur à ceux qui ont pu être mes ennemis " (Gueau de Reverseaux). Certains crient leur révolte " Mon linge est sale, mes bas sont pourris, ma culotte en pièces, je meurs de faim et d’ennui... Je ne vous écrirai plus, le monde est exécrable, adieu ! " (Millin de Labrosse), d’autres enfin, au paroxysme de la douleur, écrivent à Fouquier-Tinville, telle la jeune Avoye Paville dont l’amant royaliste vient d’être exécuté: " (....) Frappez, terminez une vie qui m’est odieuse et que je ne puis supporter son horreur (sic). Vive le Roi ! N’ayez pas l’air de croire que je sois folle, non, je ne le suis pas. Je pense tout ce que vous venez de lire et je le signe avec mon sang. Vous me trouverez à la maison de santé rue de Buffon, n°4 ". 
Par ces billets,  tragiques et sublimes, les morts ont triomphé de l’oubli.
 

 

La Dernière Lettre
Olivier Blanc
Pluriel.

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Dimanche 22 juillet 2007
Depuis deux siècles, tout a été dit ou presque sur Marie-Antoinette, les historiens  ferraillant par le passé entre deux thèses plombées de clichés, aux schémas très réducteurs : "reine martyre", vénérée sous la Restauration ou "reine scélérate", vouée aux gémonies par les républicains et les antimonarchistes, Thomas Jefferson prétendant même que, sans elle, la Révolution n'aurait pas eu lieu. Depuis, les points de vue ont évolué, et si le culte dont cette reine fut l'objet demeure encore aujourd'hui, des biographies sérieuses et dépouillées de tout aspect partisan ont vu le jour.
N'empêche. Quelques questions demeurent. Jusqu'au règne de Louis XVI, les favorites, et non les reines, occupaient le devant la scène et cristallisaient le mécontentement populaire.
Pourquoi la reine Marie-Antoinette changea-t-elle la donne ? En raison de sa personnalité, bien sûr, dont on sait tout ou presque tout, tant elle a été fouillée, disséquée mais sur laquelle on ne cesse de se pencher.
Marie Antoinette : une jeune femme ravissante et délicieuse mais totalement inapte au métier de souveraine, qui affaiblit  l'autorité du roi par son comportement irréfléchi et imprudent. Cette femme-enfant, cette " tête à vent "  (selon les propres termes de son frère, Joseph II), qui, comme le dit Jean-Christian Petitfils, " voulait à la fois la lumière et l'obscurité, les honneurs et l'isolement " devint Reine sur le tard, lorsqu'on lui retira la couronne.
Certains biographes penchent pour une lente évolution de sa personnalité et une prise de conscience de ses responsabilités, d'autres pensent que c'est la réalité à laquelle elle fut confrontée qui changea, non son caractère.
Mais, outre sa personnalité, n'y a-t-il pas tout de même d'autres facteurs qui ont contribué à la légende noire de Marie-Antoinette ?
N'est-ce pas finalement, entre autres, parce qu'elle était une Habsbourg ? Son mariage avec Louis XVI fut l'oeuvre de sa mère, redoutable et redoutée, Marie-Thérèse d'Autriche. Par cette union, elle cherchait à renforcer les avantages tirés du contrat passé avec la France pendant la guerre de 7 ans, contrat qui fut bien moins avantageux pour la France;  par ce mariage, elle entendait aussi que sa fille serve les intérêts de l'Autriche. Or, sur son lit de mort, Louis XIV avait recommandé à ses descendants de ne pas s'allier à la maison d'Autriche. Alors... qu'un roi de France, poussé par un ministre (Choiseul) se résigne, faute d'avoir trouvé un parti plus gratifiant, à épouser une archiduchesse autrichienne indigna non seulement la France mais aussi la Cour.
N'est-ce pas finalement aussi de la responsabilité de la Cour, qui lui fut très rapidement hostile ? De Versailles, qui lui tourna très vite le dos ?  Les vieilles filles dévotes de Louis XV, haïssant Choiseul, du fait qu'il avait bouté les jésuites hors de France, furent les premières à appeler Marie-Antoinette " L'Autrichienne".
Certes, par son dédain, la reine  blessa l'orgueil des plus grandes familles de France et s'aliéna les grands noms, soutiens indispensables du trône. Mais il semble bien que ce soit de Versailles et non de Paris que partirent les accusations les plus ignominieuses. Après tout, ces ragots, qui se déversaient dans les rues de Paris, ne se fondaient-ils pas sur des faits que seuls les courtisans (et les frères du roi) pouvaient connaître...  ?
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Jeudi 19 juillet 2007

DersigRobespierre.jpg
(fac-similé)

Mis hors la loi par la Convention, emprisonné au Luxembourg puis libéré par la Commune, Robespierre se réfugie à l'Hôtel de Ville où ses amis organisent l'insurrection.
Au moment de signer un appel au peuple, un groupe de Conventionnels fait irruption dans la salle et Robespierre tombe la mâchoire fracassée par une balle de pistolet, tachant de son sang la pièce sur laquelle il venait d'écrire les deux premières lettres de son nom.


 

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Mercredi 18 juillet 2007

Bernis-Rouart.gif
De belle stature, l'oeil ardent, un sourire irrésistible, des convictions religieuses fluctuantes et de l'esprit à revendre,  le cardinal de Bernis avait tout pour séduire ce XVIIIème siècle. Ninon de Lenclos, la première, le comprit : " Il aura un jour plus d'esprit qu'il ne lui en faudra et c'est bien dommage".
Et en effet, tout ce que ce siècle compta de brillant l'aima, l'adora même. Pour sa culture, son intelligence et sa bonté.

Ami lucide (mais néanmoins fidèle) de la Pompadour, frère en libertinage de Casanova, affectueusement taquiné  par Voltaire, ce poète (raté et conscient de l'être), ce politique (qui n'aimait rien tant que la paix et la tolérance), ce cardinal
(tiraillé entre l'alcôve et l'autel), cet ambitieux (de qualité) représenta la quintessence de cet esprit français du XVIIIème siècle.
Une figure lumineuse.

" Bernis le cardinal des plaisirs"
Jean-Marie Rouart
Folio

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Lundi 9 juillet 2007

Varennes.jpgPourquoi, comment, alors qu'en 1789, les liens avec l'Ancien Régime avaient été coupés, que les patriotes avaient associé la Révolution avec des idéaux élevés (liberté de la presse, liberté de parole, tolérance religieuse, justice équitable pour tous, contrôle du gouvernement par les citoyens), le changement politique devant se faire par la non-violence ("en n'employant d'autre force que celle de la raison, de la justice et de l'opinion"), la Révolution a pu basculer quatre ans plus tard, en 1793, dans un régime autoritaire et intolérant et s'enfermer dans la Terreur.
C'est la question que se pose l'historien américain, spécialiste de la Révolution française, Timothy Tackett.
Sans nier que la classe politique ait assumé la violence originelle  ("Vouliez-vous une révolution sans révolution ?" Robespierre), la violence de 1794 n'était pas inscrite dans les gènes de 1789, le radicalisme chez les députés de 1789 a des causes multiples et complexes. Outre les édits novateurs, "radicaux" de la monarchie au cours de la période de la "pré-Révolution", l'intransigeance générale de la majorité de la noblesse siégeant aux états-généraux face à la réforme,  les députés étaient dans l'obligation de faire face à des crises, souvent non prévues.
La seule crise que les révolutionnaires ne purent surmonter fut le refus de l'idée même de monarchie constitutionnelle par le monarque régnant. La décision de Louis XVI de fuir Paris, le 21 juin 1791, et de répudier ouvertement la Révolution allait être un facteur critique non seulement dans la crise de la monarchie mais dans l'avènement de la Terreur. La fuite entraîna dans un premier temps une série de lois d'urgence qui allaient être la répétition générale des mesures répressives de 1793-1794. L'utilisation des représentants en mission avec des pouvoirs de proconsuls, l'organisation d'une première ébauche de la levée en masse, le rétablissement de la censure de la presse, la création d'une sorte de comité de sureté générale (avec des pouvoirs extra-légaux de procéder à des arrestations et à des enquêtes), la mise en détention ou en surveillance de catégories  entières de suspects, sans prise en compte du comportement des individus : toutes ces mesures instituées dans les semaines qui suivirent le 21 juin furent justifiées par la  crainte d'une guerre et d'une contre-révolution imminentes, et par la peur, chez les modérés d'une insurrection des radicaux sur leur gauche. En second lieu, la décision de  fuir prise par le roi a grandement influé sur le développement de la psychologie propre à la Terreur.
Pour Tackett, comme pour beaucoup d'historiens, la grande majorité des Français portaient au roi et à la monarchie un profond respect et une véritable affection, même après deux ans de  révolution.
A cet égard, la fuite du roi à Varennes, perçue à l'époque comme une trahison et une désertion, fut une expérience traumatisante et déstabilisatrice. Elle provoqua une crise de confiance nationale. Et la révélation par la suite d'une conspiration en juin 1791 pour "libérer" le roi, le fait qu'un "roi-traître" continuait d'occuper le trône après septembre 1791 allaient être les éléments essentiels de l'apparition "d'un style politique paranoïaque " (Richard Hofstadter).
Si cette fuite du roi n'explique pas tout sur les suites de la Révolution, elle fut un élément déclencheur, " le point d'inflexion déterminant dans la dynamique qui a conduit à la Terreur " (Michel Vovelle).

 Le roi s'enfuit
Timothy Tackett
la Découverte



 

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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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