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Mercredi 4 juillet 2007

Tribunal-revolutionnaire.gif 

  En 1793, certains conventionnels avaient évoqué la nécessité de créer un tribunal révolutionnaire "parce que l'on s'est aperçu qu'il n'y avait pas une justice réelle dans la République, qu'il fallait que les traîtres et les conspirateurs soient punis et que l'on a demandé qu'il y eût un tribunal dont on soit sûrs".
Le peintre David réclama l'établissement immédiat d'un tel tribunal sans appel " pour mettre fin à l'audace des grands coupables et des ennemis de la chose publique".

  Le Tribunal révolutionnaire fut créé à l'instigation du député du Cantal, Jean-Baptiste Carrier (de sinistre mémoire), par la loi du 10 mars 1793 sous la dénomination de Tribunal criminel extraordinaire. Il fonctionna pendant 17 mois, du 29 mars 1793 au 27 juillet 1794 (9 Thermidor).
 Tous les procès-verbaux de dénonciation, d'information, d'arrestation étaient adressés à la Convention nationale, qui les renvoyait à une commission de ses membres chargée d'examiner les pièces, d'en faire un rapport, de rédiger les actes d'accusation et de surveiller l'instruction qui se faisait dans le Tribunal.
  Le Tribunal révolutionnaire comprenait outre un jury, des juges et quelques membres de la Convention, un accusateur public, qui était la clef de voûte de cet appareil judiciaire : tout reposait sur lui, c'est lui qui en surveillait le fonctionnement, qui avait le droit de faire arrêter, poursuivre et livrer au Tribunal tous les prévenus de crime de conspiration contre la sûreté de la nation, exception faite des députés et des généraux. Dès le 13 mars 1793, Fouquier Tinville fut nommé accusateur public.
  Sur un total de 4021 jugements rendus par le Tribunal révolutionnaire, du 16 avril 1793 (premier jugement rendu) au 27 juillet 1794, il y eut 2585 condamnations à mort et 1306 acquittements. On compte 72 condamnations à la prison, 36 à la déportation. et 22 causes furent renvoyées à d'autres tribunaux.

Ce livre (passionnant, véritable reportage sous la Terreur) regroupe les procès-verbaux officiels des grandes audiences du Tribunal révolutionnaire.
Documents qui, sous la froideur et la sècheresse du compte-rendu, restituent dans leurs peurs , leurs faiblesses, dans leur grandeur, en un mot dans toute leur humanité, ces hommes et  ces femmes qui ont laissé leur empreinte dans l'Histoire : Robespierre, Danton, Madame Roland, Marie-Antoinette, Charlotte Corday, Bailly,  les Girondins et les Hébertistes.

Actes du tribunal révolutionnaire
recueillis et commentés par Gérard Walter
Collection Le Temps retrouvé
Mercure de France

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Mardi 3 juillet 2007
Ligne-gif.gif
Charles-Joseph de Ligne fut "l'ami et le confident en matière de libertinage comme d'écriture de Casanova".

Dans ses " Pensées, portraits et lettres à Casanova et à la marquise de Coigny ", il nous livre un mot (délicieux d'impertinence)  du Vénitien:

" Je n'estime pas ceux qui achètent la noblesse, dit un jour l'Empereur Joseph II à Casanova ; et celui-ci, dont chaque mot est un trait et chaque pensée un livre, lui dit : " Et ceux qui la vendent, Sire? "


Le prince de Ligne brosse aussi un (remarquable) portrait moral et physique de l'Amatissimo :

 « Ce serait un bien bel homme s'il n'était pas laid ; il est grand, bâti en hercule, mais  un teint africain, des yeux vifs, pleins d'esprit à la vérité, mais qui annoncent toujours la susceptibilité, l'inquiétude ou la rancune, lui donnent un peu l'air féroce, plus facile à être mis en colère qu'en gaieté.
Il rit peu, mais il fait rire. Il a une manière de dire les choses qui tient de l'Arlequin balourd et du Figaro, ce qui le rend très plaisant. Il n'y a que les choses qu'il prétend savoir qu'il ne sait pas : les règles de la danse, de la langue française, du goût, de l'usage du monde et du savoir-vivre.
Il n'y a que ses comédies qui ne soient pas comiques; il n'y a que ses ouvrages  philosophiques où il n'y ait point de philosophie : tous les autres en sont remplis ; il y a toujours du trait, du neuf, du piquant et du profond.
C'est un puits de science ; mais il cite si souvent Homère et Horace, que c'est de quoi en dégoûter. Sa tournure d'esprit et ses saillies sont un extrait de sel attique. Il est sensible et reconnaissant, mais pour peu qu'on lui déplaise, il est méchant, hargneux et détestable. Un million qu'on lui donnerait ne rachèterait pas une petite plaisanterie qu'on lui aurait faite. Son style ressemble à celui des anciennes préfaces : il est long, diffus et lourd ; mais s'il a quelque chose à raconter, comme, par exemple, ses aventures, il y met une telle originalité, une naïveté, cette espèce de genre dramatique pour mettre tout en action, qu'on ne saurait trop l'admirer, et que, sans le savoir, il est supérieur à Gil Blas et au Diable boiteux.
Il ne croit à rien, excepté ce qui est le moins croyable, étant superstitieux sur tout plein d'objets. Heureusement qu'il a de l'honneur et de la délicatesse, car avec sa phrase, « Je l'ai promis à Dieu », ou bien, « Dieu le veut », il n'y a pas de chose au monde qu'il ne fût capable de faire : il aime, il convoite tout, et, après avoir eu de tout, il sait se passer de tout.
Les femmes et les petites filles surtout sont dans sa tête ; mais elles ne peuvent plus en sortir pour en passer ailleurs. Cela le fâche, cela le met en colère contre le beau sexe, contre lui, contre le ciel, la nature et surtout l'année 1742. Il se venge de tout cela contre tout ce qui est mangeable et potable; ne pouvant plus être un dieu dans les jardins, un satyre dans les forêts, c'est un loup à table : il ne fait grâce à rien, commence gaiement et finit tristement, désolé de ne pas pouvoir plus recommencer.
S'il a profité quelquefois de sa supériorité sur quelques bêtes, en hommes et en femmes, pour faire fortune, c'était pour rendre heureux ce qui l'entourait. Au milieu des plus grands désordres de la jeunesse la plus orageuse et de la carrière des aventures, quelquefois un peu équivoques, il a montré de l'honneur, de la délicatesse,  et du courage. Il est fier parce qu'il n'est rien. Rentier, ou financier ou grand seigneur, il aurait été peut-être facile à vivre ; mais qu'on ne le contrarie point, surtout que l'on ne rie point, mais qu'on le lise ou qu'on l'écoute, car son amour-propre est toujours sous les armes. Ne lui dites jamais que vous savez l'histoire qu'il va vous conter ; ayez l'air de l'entendre pour la première fois. Ne manquez pas de lui faire la révérence, car un rien vous en fera un ennemi. Sa prodigieuse imagination, la vivacité de son pays, ses voyages, tous les métiers qu'il a faits, sa fermeté dans l'absence de tous ses biens moraux et physiques, en font un homme rare, précieux à rencontrer, digne même de considération et de beaucoup d'amitié de la part du très petit nombre de personnes qui trouvent grâce devant lui. »

Prince de Ligne
" Pensées, portraits et lettres à Casanova et à la marquise de Coigny "
Rivages poche/ Petite Bibliothèque
Préface de Mme de Staël

(et excellente présentation de Chantal Thomas, directrice de recherches au CNRS)

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Lundi 2 juillet 2007

« J’ai écrit ma vie pour me faire rire et j’y réussis »
Casanova

  M--moires-Casanova.gif« L’Histoire de ma vie »,  un chef-d’œuvre écrit par un dilettante de génie.
Comme l'indique Rives Childs (l'un de ses meilleurs biographes), s’il avait mené une existence conformiste et non celle d'un aventurier (et, à beaucoup d’égards celle d'un raté), il serait aujourd'hui quasiment oublié.
"L'Histoire de ma vie", reflet fidèle d'une certaine société du XVIIIème, est à plus d'un titre un précieux document historique et sociologique.
Une œuvre passionnante, émouvante, qui nous donne une si grande idée de ce siècle.

Qui était finalement Casanova ? Un éternel jouisseur (« semper novarum rerum cupidus »), toujours en mouvement, voulant vivre mille vies en une seule, ne surfant que sur l’écume de l’existence, aimant les femmes et  aimé d’elles (car leur révélant leur féminité) et menant une existence à nulle autre pareille. 
Ni meilleur ni pire que ses contemporains dans les milieux ou il évoluait, ni plus amoral, ni plus cynique que ces derniers,  il parlait sans fard, sans gêne, mêlant naïveté et bonhomie, roublardise et générosité.

 

Lors de leur première publication en 1822, ses « Mémoires » ou « Histoire de ma vie » (rédigées en français)  furent accueillies avec scepticisme. 
Si certains remirent en question leur authenticité, ou affirmèrent que seul un écrivain de  l’envergure de Stendhal avait pu les écrire, leur succès fut immédiat et elles  furent traduites en plusieurs langues. Certaines traductions, si elles expurgeaient de nombreux épisodes, restèrent fidèles au texte. D’autres, un peu moins... telle celle de Jean Laforgue (professeur de français à Dresde) qui vers 1826 fut chargé d’établir le texte de l’édition française. Ce dernier corrigea les gaucheries de style de Casanova (s’il possédait bien la langue française, sa grammaire n’en était pas moins un peu floue), mais se permit d’embellir les Mémoires en les mettant au goût du jour, déforma la pensée du Vénitien au point de le faire passer pour irreligieux, éluda ou atténua tous les commentaires défavorables sur la Révolution, expurgea quelques épisodes qu’il jugeait fort licencieux, ou au contraire ajouta certains détails volontairement croustillants.
Texte donc altéré, déformé par un homme certainement sérieux, qui certes aime et admire Casanova, mais par un homme qui illustre parfaitement cette " bien-pensance " et ce " refoulement " du XIXème siècle.

Exemples des palinodies et gesticulations stylistiques de Laforgue... :

- Là ou Casanova écrivait : « Je baise l’air, croyant que tu es y », Laforgue écrit : « Je lance mille baisers qui se perdent dans l’air  ». 

 

-  « Sûr d’une pleine jouissance à la fin du jour, je me livrai à toute ma gaieté naturelle », devient sous la plume sèche de Laforgue : « Sûr d’être heureux ».  

 

- « Réfléchissant que nous n’avions que trois heures à pouvoir consacrer aux mystères de l’amour, je la priai de me permettre d’en profiter », Laforgue transforme en : « Je l’ai sollicitée à se déshabiller ».

 

- Là ou Casanova note : «  J’ai toujours trouvé que celle que j’aimais sentait bon et plus sa transpiration était forte, plus elle me semblait suave », Laforgue, assûrement choqué par les « gros goûts » du Vénitien (dont il ne faisait pas mystère) rectifie : « Quant aux femmes, j’ai toujours trouvé suave l’odeur de celles que j’ai aimées  ». 



Casanova - Mémoires (Arléa)


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Samedi 30 juin 2007
Le 14 thermidor an II, au lendemain de la chute Robespierre,  Fréron (qui, avec Barras, exporta la Terreur en Provence) s'écria du haut de la tribune de la Convention : " Je demande que Fouquier-Tinville aille cuver dans les enfers le sang qu'il a versé ". Fouquier-Tinville... En bonne place dans la galerie des "monstres célèbres", Fouquier, la légende noire de la Révolution.

Fouquier-Tinville.jpgEx-procureur au Châtelet, besogneux, bon époux, bon père de famille, Fouquier se jettera à corps perdu dans la Révolution et occupera pendant près de dix sept mois  le poste d'accusateur public près du tribunal révolutionnaire.
Fouquier-Tinville. Infernal rouage de la machine révolutionnaire qui sera chargé d'appliquer les lois dictées à la Révolution par la situation née de la guerre et de la subversion intérieure. Fouquier-Tinville. Coupable. Après avoir appris son arrestation imminente, il se rendit lui-même à la Conciergerie et se constitua prisonnier.
Pour sa défense, il déclara à ses juges : "J'ai exécuté et fait exécuter les lois révolutionnaires du 22 prairial. On ne peut m'imputer ce crime et je ne suis responsable sous aucun rapport des malheurs et des inconvénients qui peuvent en être résultés, parce que je n'étais qu'un être passif, un rouage, un ressort en un mot qui faisait mouvoir la loi ".
Exécuter les ordres, appliquer les lois scrupuleusement, strictement, aveuglement, en se gardant bien de les interpréter, c'est justement ce que l'on  reproche à ce magistrat de l'Ancien Régime, légiste endurci, rompu à la chicane et à la procédure, voulant à tout prix gagner ses procès, fût-ce en transformant parfois les faits ordinaires  en délits contre-révolutionnaires.  Il est inexcusable, lors du procès des dantonistes, d'avoir refusé aux accusés le droit de faire entendre leurs témoins.
Il attendit, dans le silence de cette prison dont il fut maître, son exécution qui eut lieu le 18 floréal an III (7 mai 1795), songeant peut-être qu'il avait perdu son dernier procès : le sien.


Dans ce livre (paru en 1961), Pierre Labracherie, s'appuyant sur des documents des Archives nationales et l'étude de minutes notariales,  s'efforce de ramener le mythe de Fouquier à des proportions humaines et évoque les aspects révolutionnaires du personnage tour à tour inexorable et indulgent, autoritaire, coléreux, mais secrètement tourmenté et comme l'écrivit  Madame de Chastenay " enivré de la coupe de la mort, mais désespéré de son état ".


Fouquier-Tinville - Accusateur Public
Pierre Labracherie

Librairie Arthème Fayard

 


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Samedi 30 juin 2007

Le quotidien du petit peuple du XVIIIème, observé avec soin et tendresse par Arlette Farge, une spécialiste du 18 ème.

Arlette-Farge.gifAu XVIIIe siècle, bon nombre d'hommes et de femmes, qu'ils soient  journaliers,  domestiques allant et venant d'une ville à l'autre, ou qu'ils soient tout simplement en rupture de la société fuyant l'hôpital ou la prison  menaient une vie précaire, faite d’errance et de misère. Ils ne savaient pour la plupart ni lire ni écrire. Mais ils savaient ou se doutaient qu'un jour, leur route s'arrêterait brutalement et qu'on les retrouverait morts, recroquevillés au bord d'une route, d'un fossé, d'un chemin de halage, à l'orée d'un village. Accident, malaises, noyade... C'est pourquoi ils portaient sur leur corps des petits signes écrits d'eux-mêmes qui témoignaient non seulement de leur désir de ne pas être abandonnés à l'anonymat mais aussi de leur volonté de faire état - malgré tout - de leur existence, si incertaine fut elle.
Retrouvé dans les archives des procès-verbaux de 1761, le plus émouvant de ces billets est ce petit bracelet de parchemin attaché avec une ficelle rouge autour du poignet du cadavre d'un homme de 50 ans " à la barbe noire, aux dents manquantes " sur lequel était écrit :

François Petit
+
E 184

Un nom, une lettre, un chiffre, un cœur.

 

"Le bracelet de parchemin, l’écrit sur soi au XVIIIe siècle"
Arlette Farge

Bayard

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Mercredi 27 juin 2007

Monde-Casanova.gifIntrigant et provocateur,  Casanova est l'une des figures majeures de ce XVIIIè européen (et du Settencento vénitien) qu'il traversa avec insolence, effronterie et allégresse, tout comme il traversa sa vie dont il fit un chef d'oeuvre.
Page après page, ce livre à l'iconographie remarquable nous immerge dans cette Europe des Lumières si raffinée, si volupteuse et si adorablement étourdie. 

"Il mondo di Giacomo Casanova, un veneziano in Europa"
éditions Marsilio

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vircondelet.gif1798. Casanova, âgé et malade, se meurt dans les brumes de Bohême. Cloué dans un fauteuil, le vieux libertin qui avait toujours vécu dans l'urgence et privilégié l'éphémère, voit la mort - lente et inéluctable - s'avancer le long des couloirs glacés et déserts du château de Dux.
Face à la servante, Anna, qu'il aima autrefois, à sa façon, ce "Messer  sempre  pronto" ('ce monsieur toujours prêt' de la farce italienne), cet éblouissant virtuose du mensonge et de l'illusion tombe le masque. Dernier acte de la "Commedia", dernière partie de cartes...
Un livre poignant, à l'écriture raffinée.
Extrait :
" à la lueur tremblée des derniers flambeaux, ils se retrouvèrent sans parler. Ce fut le meilleur instant, d'une grâce reconquise, arrachée au galop de la vie, qui se passait de mots, s'exprimait dans le frôlement des gestes".

 

        " Les derniers jours de Casanova" - Pierre Vircondelet (Flammarion)

 

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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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