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Mercredi 24 octobre 2007

Morphise.jpg

" De Marie-Louise O'Murphy, l'histoire n'a retenu ni le nom ni le visage, mais le cul. Un cul auquel Casanova, Boucher et Louis XV, trois fins connaisseurs, ont rendu tour à tour hommage et chacun dans leur genre un hommage émerveillé ".  Camille Pascal
 

Un adorable fessier en effet, "superbe et triomphant",  qu'immortalisa  François Boucher en 1752.
Et accessoirement, un fort joli minois "point marqué par la petite vérole" si l'on en croit un rapport de police.
Première pensionnaire du Parc aux Cerfs, " La Morphise", à peine âgée de 14 ans, devint à son corps défendant un enjeu politique et financier : cabales et partis de Cour se livrant à une guerre sans merci autour de la sexualité - très complexe - de Louis XV, elle fut  transformée en instrument de pouvoir.
"Cette petite gueuse" (ainsi l'appelait tendrement Casanova) fut donc sélectionnée, recrutée et protégée par des réseaux très structurés, animés en sous-main par la marquise de Pompadour, maîtresse royale toute puissante mais qui, fort préoccupée par sa sexualité défaillante, surveillait de très près celle de son royal amant. Du contrôle de la sexualité royale, dépendaient en effet portefeuilles ministériels, bénéfices ecclésiastiques, bâtons de maréchal etc.
Las, victime des rivalités entre le clan Pompadour et le clan des dévots, "Morphi" dut renoncer à ses fonctions vers 1755, mais bénéficia tout au long de sa vie du soutien des réseaux qui la conduisirent dans la couche royale.
Charmeuse, séduisante, pragmatique, douée d'une exceptionnelle capacité d'adaptation, cette "putain par famille et par état", selon le marquis d'Argenson, parvint à enjôler plusieurs contrôleurs généraux des finances (dont l'abbé Terray, pourtant redoutable). Elle fut successsivement comtesse de Beaufranchet d'Ayat, puis de Flaghac et fut affiliée aux Lenormant d'Etiolles.
Echappant à la tourmente révolutionnaire, Marie-Louise, comtesse de Flaghac, mourut en 1814 en chaisière respectable.


" Le goût du roi"
Camille Pascal
éditions Perrin


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Mardi 9 octobre 2007

Fontenelle.jpgIl est mort vieux, très vieux, à l'âge de 99 ans, dix mois et 25 jours,  complètement sourd, ce qui ne l'empêchait pas, lorsqu'on lui parlait dans son cornet acoustique d'écouter. De réfléchir. Et donner posément son avis.
Ce "Nestor de la littérature" à l'exceptionnelle longévité savait tout sur tout : sur la philosophie (il a composé des essais), sur l'astronomie (il a vulgarisé cette discipline), sur le théâtre (il a écrit des
pièces), sur la poésie (il a écrit des poésies pastorales).
Il fut galant, mais jamais amoureux. Il se félicita de son célibat. Il vanta sa continence: " J'ai boutonné ma culotte à 50 ans ".  Non par désir de vertu mais pour
préserver sa santé et sa tranquillité.
Il décida vers l'âge de 70 ans de ne plus écrire, de ne plus lire : " J'ai rempli mon magasin, il est juste à présent que je débite ma marchandise " avoua-t-il au marquis d'Argenson.
Il fut aussi un parasite accompli : ne rentrant chez lui que pour y dormir, il bénéficiait de la générosité des hôtesses des salons littéraires qu'il fréquentait. Il s'était ainsi accoutumé à la table de Mme de Tencin, il y dinait presque tous les jours. Lorsqu'on lui apprit que celle-ci était décédée : " Eh bien, répondit-il de sa voix douce, j'irai dîner chez la Geoffrin ".
Sceptique, matérialiste et athée, à la manière des libertins, s'il ne croyait pas en Dieu (en un Dieu créateur), il ne croyait pas davantage en l'homme, ce " fou misérable ", ni dans la société puisque peuplée de ces " fous ". Trouvait-il un secours dans l'Antiquité ? Non : les Grecs et les Latins étaient aussi des fous à ses yeux, car pétris de préjugés et la tête remplie de fables. Non, pour lui, le seul recours était dans la science et le progrès.
Et pourtant, même si l'on savait qu'il n'aimait personne, on l'aimait, lui.
" C'est pour lui-même qu'on l'aime sans exiger de retour " disait d'Argenson. On l'aimait même beaucoup. Pour son amabilité, pour la douceur de son caractère. On enviait son impassibilité, son indifférence, la tranquillité qu'un tel détachement procure. On l'admirait, car on voyait en lui un modèle d'harmonie et d'équilibre.
Peu de temps avant sa mort, il aurait déclaré : " Il est temps que je m'en aille, je commence à voir les choses telles qu'elles sont " et avant de s'éteindre, alors qu'on lui demandait comment cela allait, il aurait, dit-on, répondu : " Cela ne va pas... cela s'en va ".

Fontenelle.. ? Un homme heureux.
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Dimanche 7 octobre 2007
Salon.jpg

Paris, ville phare de l'Europe, apparaît comme la capitale du bon goût. Tout ce qui constitue ce "XVIIIème français" se retrouve dans ces salons littéraires, espaces mondains, composés de gens d'esprit, de philosophes,  d'historiens ou de physiciens, le bon ton y est de règle et les agréments de la conversation, érigée en art, s'ajoutent aux plaisirs de la table.
Espaces clos et élitistes, ces salons, fréquentés par une majorité d'hommes, sont essentiellement  tenus par des femmes souvent issues de la noblesse ancienne. Placées par leur naissance au sommet de l'échelle sociale, elles possèdent les clés de la notoriété, et de ce fait leurs salons sont en quelque sorte un passage obligé pour les hommes de lettres, avides de reconnaissance, ou pour les philosophes, soucieux de conquérir l'opinion publique.
On peut se demander pourquoi ces femmes reçoivent des Voltaire, des Rousseau ou des Diderot dont les idées peuvent être jugées provocatrices, voire subversives pour l'ordre social. Hormis peut-être Julie de Lespinasse, très politisée, ou Sophie de Condorcet, la grande majorité de ces femmes sont tout simplement des femmes éclairées:  intéressées par des idées novatrices, elles entendent peu la philosophie, certaines, telle Mme du Deffand, lui sont même carrément hostiles ; mais toutes professent la tolérance, l'anti-fanatisme et prennent fait et cause pour des philosophes ou militent plus pour des écrivains que pour leurs écrits.
Dans leurs salons, la conversation qui accompagne souvent les repas, se doit d'être divertissante mais avant tout utile. Source de toutes les idées, elle participe à la formation des esprits. On parle de tout, des sujets les plus futiles comme des plus sérieux : sur la musique française et italienne, sur l'harmonie des langues et sur la philosophie bien sûr.  Rien n'est exclu, ni privilégié.
Si Mme Geoffrin prie les amateurs d'histoires lestes et les iconoclastes de s'abstenir, Julie de Lespinasse, elle, privilégie l'improvisation, la liberté totale de ton. La gaieté y est de règle, même chez Mme du Deffand, triste de nature, car pour les Lumières  : "Un homme triste ne peut être utile ni à lui-même ni aux autres "  (Holbach).  Petites fées de la conversation, elles la font naître, et, discrètement, la dirigent. Réputées pour la précision et la justesse de leur langage, elles sont toujours très attentives, parlent avec douceur (même Mme du Deffand dont la correspondance révèle pourtant un caractère vif, voire irascible), et savent aussi se taire pour mettre en valeur leurs invités : "Mme Geoffrin avait le bon esprit de ne jamais parler de ce qu'elle savait très bien " (Marmontel). 

 

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Mardi 2 octobre 2007

                                                                                                                                                    

fragonard.jpg     
    Il résume l'esthétique des Lumières. Un monde léger, à l'érotisme discret, où rien n'attriste, où l'on s'amuse de tout. Bruissement des soieries, clins d'oeil espiègles, insolences mutines, draps froissés, passions furtives.


fragonardswing.jpg
    A l'occasion du bicentenaire de sa mort, le musée Jacquemart-André lui rend hommage en présentant une centaine de ses oeuvres  du 3 octobre 2007 au 13 janvier 2008.

 

Musée Jacquemart-André :
158, bd Haussmann
75008 Paris

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Lundi 1 octobre 2007
 
Provence.jpg"Louis-Stanislas-Xavier, comte de Provence , (...) avait alors seize ans, et déjà Son Altesse Royale, envahie par un embonpoint extrêmement précoce, roulait plutôt qu'elle ne marchait. On présageait dès lors qu'à l'âge de vingt ans il faudrait hisser mécaniquement à cheval ce colonel-général des carabiniers.   
M. le comte de Provence, mal fait, mal posé sur ses jambes, avait une figure agréable, un bel oeil, de l'esprit dans le regard, de la malice dans le sourire, et quelque peu de pédantisme dans la manière de s'exprimer.
Son Altesse Royale affichait une grande prétention au savoir et à l'érudition. L'humeur de ce prince était caustique; son caractère enclin aux détours de la subtilité : la jeune Altesse de Versailles promettait, au commencement de 1771, le Louis XVIII cauteleux de Mittau et d'Harwell. Toute l'Europe a connu mon dévouement à la maison de Bourbon; mais j'ai vu celui qui en devint le chef à la fin de 1795 trop longtemps et de trop près pour qu'il me soit possible de le juger autrement."

*********

Frère de Louis XVI,  ce prince, du même âge que Marie-Antoinette, était en effet légèrement disgracié. Petit, très enveloppé, souffant d'une déformation congénitale de la hanche, il marchait cambré en se dandinant.
Très imbu de lui-meme, pédant, il aimait à jouer au petit maitre envers son frère à la personnalité plus effacée, frère qu'il jalousait depuis l'enfance. " Me voilà condamné pour la vie à ne plus agir d'après moi-même; car à l'avenir, mon devoir est de toujours mettre mon pied dans la place dont le Roi, mon frère, vient d'ôter le sien " confia-t-il au prince de Montbarey.
Non seulement, il le jalousait mais il le méprisait. Pour dépeindre sa personnalité, il disait :
" Imaginez deux grosses boules d'ivoire huilées que vous vous efforceriez vainement de retenir ensemble ".  Louis XVI n'ignorait pas le comportement de son frère mais, résigné, il se contentait de ne jamais lui faire de confidence.
Provence, soupçonné d'être, entre autres, à l'origine de certaines calomnies envers Marie-Antoinette, affectait de faire une cour respectueuse à cette dernière qui se méfiait de lui.

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Mardi 25 septembre 2007

mariea.jpgLéonard, coiffeur de son état, aperçut la première fois la Dauphine Marie-Antoinette lorsque celle-ci descendit de son carrosse dans la cour de marbre à Versailles le 16 juillet 1770.
Il livre dans son "Journal" ses toutes premières impressions et trace d'un oeil expert le portait physique de la très jeune Marie-Antoinette. Un portrait qui, lui-même l'avoue, ne ressemble pas - et il s'en excuse ...- "à ceux que les poètes ont tracé avec de si brillantes couleurs". Notre gascon le dit tout net : il joue la franchise. Soit.

" A son arrivée en France, Marie-Antoinette n'était alors ni belle, ni jolie, ni même séduisante. Il n'y avait en elle que des promesses de beauté.
Sa taille, bien prise, élancée mais déparée par une extrème maigreur, manquait encore de grâce, sans être toutefois disgraciée par cette roideur autrichienne (...). La fille de Marie-Thérèse dont les cheveux étaient alors d'un blond cendré me parut fort mal coiffée.
Les yeux de la Dauphine étaient d'un beau bleu d'azur, d'une expression vive et spirituelle, un peu hardie. Elle avait le front élevé, le nez aquilin trop prononcé, la bouche petite, les lèvres épaisses mais d'une grande fraîcheur, le teint d'une blancheur éclatante et relevé par des couleurs naturelles un peu fortes.
Marie-Antoinette portait la tête haute; il y avait de la fierté dans ses manières mais une fierté tempérée par un air et un ton de douceur qui captivaient au moment ou l'on allait se trouver offensé de l'orgueil que cette affabilité démentait avec bonheur."

Puis, il esquisse son portrait moral.

"Le fond de son caractère était la douceur; jamais un acte de méchanceté ni même de malice offensante ne se faisait remarquer dans sa conduite; mais on pouvait prendre pour l'élan d'un naturel fâcheux les mouvements impérieux qui échappaient à cette archiduchesse. Quant aux qualités de son sexe, la princesse royale les rendait perpétuellement dépendantes de ses vives inclinations, on peut dire qu'elle était vertueuse par principes, mais légère à l'excès par entraînement. Résister à un désir paraissait à Marie-Antoinette l'effort le plus difficile et l'on sait que les grands se livrent peu volontiers à des soins laborieux, pour le mérite, un peu terne, qui résulte de l'exercice des vertus privées."

Quelques pages plus loin, il dépeint son entourage. Sans ménagement, toutes griffes dehors, diront certains.

" Elle (ndlr: la société de Marie-Antoinette) se composa de femmes amies du plaisir, ennemies de la gêne, riant de tout, même des propos qu'on tenait sur leur réputation, et ne reconnaissant pour loi que la nécessité de passer joyeusement la vie, derrière une mince et quelquefois trompeuse cloison de bienséances, cachant mal ou ne cachant point du tout certains travers approchant du scandale. La dame d'honneur * vit dans l'invasion de cet essaim folâtre le point de départ d'une décadence prochaine de la monarchie."

* Il s'agit de Madame de Noailles, surnommée par Marie-Antoinette "Madame Etiquette", dont la mission consistait à guider la jeune Dauphine dans ce dédale inextricable, empesé et étouffant du cérémonial de la cour de Versailles.
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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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