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Mercredi 23 avril 2008
[...en aparté : 7mn et 28s de pur bonheur...]
Umbra mai fu (Serse) - Bryn Terfel



Lascia ch'io pianga (Rinaldo) - Renée Fleming

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Mercredi 23 avril 2008
Un langage pur et élégant, une sensibilité exacerbée.
Ecartelée entre la raison et la passion, la mesure et la démesure, la délicatesse et la violence, brûlant sciemment son existence, Julie de Lespinasse qui ne " savait faire qu'aimer " choisit de mourir d'amour pour un homme, le comte de Guibert, qui, tout en subissant l'ascendant intellectuel de Julie, fut incapable de répondre à ses attentes. Une liaison tumultueuse faite de mensonge et de mystification.
C'est ce qui ressort de la centaine de lettres que Julie de Lespinasse lui adressa en l'espace de trois ans.  La passion amoureuse, déclinée dans toutes ses tonalités, dans toutes ses gammes...

******

Lettre IX 
 
De tous les instants de ma vie, 1774

Mon ami, je souffre, je vous aime, et je vous attends.


Lettre XI   -  Onze heures du soir, 1774

Je parie que vous n'êtes pas aussi endormi aujourd'hui que vous l'étiez hier soir à cette heure-ci, et cela est bien simple; on vous amuse, on vous intéresse et vous avez envie de plaire.
Mon ami, vous n'êtes pas fait pour l'intimité: vous avez besoin de vous répandre; le mouvement, le brouhaha de la société vous sont nécessaires: ce n'est pas le besoin de votre vanité, mais c'est celui de votre activité. La confiance, la tendresse, cet oubli de soi et de tout son amour-propre, tous ces biens sentis et appréciés par une âme tendre et passionnée, éteignent et engourdissent la vôtre.
Oui, je le répète : vous n'avez pas besoin d'être aimé. Quelle étrange méprise ! mon Dieu ! et j'ose accuser certaines gens de manquer de discernement; j'ose dire qu'ils n'observent rien, qu'ils ne connaissent pas les hommes. Ah ! comment ai-je été égarée, trompée à un tel excès ? comment mon esprit n'a-t-il pas arrêté mon âme ? et comment se fait-il qu'en vous jugeant sans cesse, je sois toujours entraînée ? Vous ne connaissez pas la moitié de l'ascendant que vous avez sur moi, vous ne savez pas ce que vous avez à vaincre chaque fois que je vous vois, (...) vous ne savez pas à quel point je renonce à moi pour être à vous.

" Mon ami, je vous aime "
Julie de Lespinasse
Le petit Mercure
Mercure de France
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Mercredi 16 avril 2008

Voltaire qui appréciait les qualités intellectuelles de Madame du Châtelet et condamnait l'éducation dispensée aux filles dans les couvents  n'en écrivit pas moins ceci dans ses "Nouveaux Mélanges":

" Qui es-tu, toi, animal à deux pieds, sans plumes, comme moi-même, que je vois ramper comme moi sur ce petit globe ? Tu arraches comme moi quelques fruits à la boue qui est notre nourrice commune. Tu vas à la selle, et tu penses ! Tu es sujet à toutes les maladies les plus dégoutantes, et tu as des idées métaphysiques ! J'aperçois que la nature t'a donné deux espèces de fesses par-devant et qu'elle me les a refusées ; elle t'a percé au bas de ton abdomen un si vilain trou que tu es porté naturellement à le cacher. Tantôt ton urine, tantôt des animaux pensants sortent par ce trou ; ils nagent neuf mois dans une liqueur abominable entre cet égout et un autre cloaque, dont les immondices accumulées seraient capables d'empester la terre entière; et cependant ce sont ces deux trous qui ont produit les plus grands évènements. Troie périt pour l'un; Alexandre et Adrien ont érigé des temples à l'autre. L'âme immortelle a donc son berceau entre ces deux cloaques ! Vous me dites, madame, que cette description n'est ni dans le goût de Tibulle, ni dans celui de Quinault: d'accord, ma bonne, mais je ne suis pas en humeur de te dire des galanteries".

Oui, en effet, d'humeur un peu chagrine, ce jour là, Voltaire...

 Dictionnaire de la pensée de Voltaire par lui-même,
ed. établie par A.
Versaille, Bruxelles,
Editions Complexes, 1994, p. 439.























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Mardi 15 avril 2008


Le marquis de Sade
fut  enfermé au donjon de Vincennes le 7 septembre 1778. Son emprisonnement durera douze ans : cinq ans et demi à Vincennes, cinq ans et demi à la Bastille, neuf mois à la Maison de la charité de Charenton.
Libéré en 1790, Sade sera à nouveau incarcéré en 1801 pour le restant de ses jours.
La correspondance soumise à un contrôle sévère qu'il entretint avec son épouse, Renée de Montreuil, constitua le seul lien du marquis avec l'univers non carcéral.


20 février 1781
Donjon de Vincennes
Ma Grande Lettre

" Je ne suis coupable que de simple et pur libertinage, et tel qu'il se pratique par tous les hommes, plus ou moins en raison de leur plus ou moins de tempérament ou de penchant à cela qu'ils peuvent avoir reçu de la nature. Chacun a ses défauts; ne comparons rien; mes bourreaux ne gagneraient peut-être pas au parallèle.
Oui, je suis libertin, je l'avoue; j'ai conçu tout ce qu'on peut concevoir dans ce genre-là, mais je n'ai jamais fait tout ce que j'ai conçu et ne le ferai jamais. Je suis un libertin, mais je ne suis pas un criminel ni un meurtrier (...).
Je suis un libertin mais trois familles domiciliées dans votre quartier ont vécu cinq ans de mes aumônes, et je les ai sauvées des derniers excès de l'indigence.
Je suis un libertin, mais j'ai sauvé un déserteur de la mort abandonné par son régiment et son colonel.
Je suis un libertin, mais aux yeux de toute votre famille, à Evry, j'ai, au péril de ma vie, sauvé un enfant qui allait être écrasé sous les roues d'une charrette emportée par des chevaux, et cela en m'y précipitant moi-même.
Je suis un libertin, mais je n'ai jamais compromis la santé de ma femme.
Je n'ai point eu toutes les branches du libertinage si souvent fatales à la fortune des enfants: les ai-je ruinés par le jeu ou par d'autres dépenses (...) ? ai-je, en un mot, annoncé dans ma jeunesse un coeur capable des noirceurs dont on le suppose aujourd'hui ? N'ai-je pas toujours aimé tout ce que je devais aimer et tout ce qui devait m'être cher ? n'ai-je pas aimé mon père ? Me suis-je mal conduit avec ma mère ? (...)
En un mot, qu'on m'examine depuis ma plus tendre enfance. (...) Que passant de là à ma jeunesse, (...) on aille jusqu'à l'âge où je me suis marié, et qu'on voie, qu'on consulte, qu'on s'informe si j'ai jamais donné des preuves de la férocité qu'on me suppose et si quelques mauvaises actions ont servi d'annonces aux crimes que l'on me prête (...).
Comment donc supposer que, d'une enfance et d'une jeunesse aussi innocentes, je suis tout d'un coup parvenu au dernier comble de l'horreur irréfléchie ? "
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Samedi 12 avril 2008



Célébrations du 250ème anniversaire de la naissance de Maximilien de Robespierre

Une exposition à l'Hôtel de Ville d'Arras retrace le parcours arrageois et artésien de Maximilien Robespierre : ses jeunes années, ses relations avec les sociètés savantes des Lumières, son parcours professionnel et ses études politiques jusqu'à son départ pour Paris.

Hôtel de Ville d'Arras,  du 5 mai au 8 juin 2008

 

Source : L'ARBR

 

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Mercredi 9 avril 2008
Vedute du château de Dux


Casanova passa ses dernières années dans les brumes glacées de Bohême, dans le château de Dux, ou le comte Waldstein (neveu du Prince de Ligne) l'employa pendant treize ans en tant que bibliothécaire.
Livré à une domesticité brutale, loin de la douceur vénitienne et de ceux qui lui étaient chers, conscient de l'effondrement du monde qui avait été le sien, celui de "la douceur de vivre", sa seule consolation fut une petite chienne, Melampyge, à laquelle il s'attacha profondément.

" J'écris, raconte Casanova,  dans l'espoir que mon histoire ne voit pas le jour.. Si cela n'arrive pas, le lecteur me pardonnera, quand il saura  que celui d'écrire mes mémoires fut  le seul remède que j'ai cru pouvoir employer pour ne pas mourir de chagrin à cause des désagréments que les coquins  qui se trouvaient dans le château du comte Waldstein à Dux m'ont fait essuyer".
Le comte Waldstein


Le prince de Ligne a laissé un précieux témoignage sur ce que fut la vie de Casanova à Dux.

" Il n'y avait pas de jour où, pour son café, son lait, son plat de macaroni qu'il exigeait, il n'eût de querelle dans la maison. Le cuisinier lui avait manqué la polenta, l'écuyer lui avait donné un mauvais cocher pour venir me voir (...).
Plus de convives que n'en attendait Waldstein étaient cause qu'il avait mangé à une petite table. Un cor de chasse avait déchiré ses oreilles par quelques sons aigres et faux.
Le curé l'avait ennuyé en s'avisant de le
convertir. (...). La soupe, par malice, lui avait été servie trop chaude. Un valet l'avait fait attendre pour lui donner à boire. (...)
Il a parlé allemand, on ne l'a pas entendu. Il s'est fâché, on a ri. Il a gesticulé en déclamant des vers italiens, on a ri. Il a fait, en entrant, la révérence, comme le lui avait appris Marcel, la fameux maître de danse, il y a soixante ans, on a ri. Il a fait, à chaque bal, le pas grave de son menuet, on a ri. Il a mis son plumet blanc, son droguet de soie doré, sa veste de velours noir et ses jarretières à boucles de strass sur des bas de soie à rouleau, on a ri.
"Cospetto ! disait-il, canaille que vous êtes, vous êtes tous des Jacobins, vous manquez au comte, et le comte me manque en ne vous punissant pas."


A lire, l'excellent
Les Derniers jours de Casanova  d'Alain Vircondelet (Flammarion)


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Ego...

J'aime Paris, Venise et le XVIIIème.
Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, 
"siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens ". 
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
 

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