" Oh Lord, whose mercies numberless"

Acte I Scène V - aria de l'oratorio Saul (HWV 53),composé par Georg Friedrich Haendel, créé en 1739 au King's Theatre de Londres.

Publié dans : Musique - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 0 commentaires

rubans et larmesEn janvier 1779, un quartier parisien, entre la Seine et Notre-Dame, est en émoi. C'est un quartier populaire où se côtoient domestiques, artisans, apprentis,  où tout se sait, tout s'entend. La rue voit, la rue parle.  Et en ce mois de janvier,elle parle surtout de la conduite scandaleuse d'Anne-Sophie, épouse Branchu, qui, de l'avis de tous, se comporte comme une débauchée. 
Bien que les époux soient séparés de corps et de biens depuis cinq ans, Branchu, marchand-ferblantier de son état, tient à sa réputation et à son honneur. Il tient aussi beaucoup à son commerce. Et à ce titre là, " Anne-Sophie est un danger économique pour son époux"  (Arlette Farge). 

Excédé par ce libertinage effréné et fort de 17 témoignages, tous accablants et tous - étrangement- concordants, Branchu intente à sa femme un procès en adultère, crime très grave et "chose rare à l'époque" selon Arlette Farge, qui s'est plongée, avec un plaisir non dissimulé, dans les archives de ce procès, et dont l'étonnement grandit au fur et à mesure qu'elle feuillette "ces folios, écorchés, abîmés par le temps". Car les pièces d'accusation tracent non le portrait d'une ferblantière dévergondée mais celui d'une aristocrate libertine. Les témoins parlent de rubans, de bijoux, de goût du luxe, de débordement des sens, de volupté, de lits de roses, de liqueurs, de baisers reçus et donnés à la hâte. Anne-Sophie Branchu... une marquise de Merteuil, une madame de Parabère ?
Arlette Farge mène avec gourmandise son enquête, je n'en dévoilerai donc pas la fin (étonnante), sachez seulement qu'Anne-Sophie fut un temps enfermée au couvent Saint-Michel puis dans la prison du Grand Châtelet où elle tomba très malade.

Ce livre interpelle. Sur la condition de la femme mariée bien sûr, mais aussi sur le libertinage : était-il, au XVIIIe siècle, uniquement le fait du prince ou aussi celui du manant?
Si l'on en croit les écrits de plusieurs témoins de l'époque, que ce soit Casanova (relisons ses Mémoires!) ou Mercier (qui dénonce la généralisation de l’adultère à la veille de la Révolution), cette liberté des mœurs ne se limita pas à la classe dirigeante; elle se diffusa aussi dans les milieux bourgeois, dans le monde ouvrier des grandes villes et même dans le monde rural qui rivalisait plus fréquemment qu'on ne le croit avec la paillardise ou la licence nobiliaire. A cela, on peut hasarder quelques explications: outre "l'air du temps", la faute à ces mariages de convenance et d'intérêt dans lesquels l'amour n'était pas vraiment de mise, au nomadisme des travailleurs (quelquefois bigames) obligés pour des raisons économiques de se déplacer de ville en ville.
Toutefois, la femme du peuple obéissait en général aux règles morales et évitait de transgresser les interdits religieux, car pour l'Église, l'adultère qu'il fut noble ou bourgeois, restait un crime capital, surtout pour la femme qui, "souillant de ce fait l'honneur du mari",  était soit emprisonnée, soit, comme l'écrit en 1779, Claude Joseph de la Ferrière dans son "Dictionnaire de droit et de pratique ", perdait sa dot et ses conventions matrimoniales et devait être mise dans un couvent pour deux ans pendant lesquels il était permis à un mari de la reprendre. Ledit temps passé, elle devait y demeurer enfermée à perpétuité". La Ferrière ajoute: " on voit assez que cette punition est "pour la satisfaction du mari"...

Car, que les accusations ou les arguments soient vrais ou faux, la rumeur, l'argent et la réputation jouaient un rôle essentiel dans ces procès longs et douloureux et qui, en effet,  se terminaient la plupart du temps par la victoire du mari.


 

Un ruban et des larmes

Arlette Farge

Editions des Busclats

Publié dans : Vie au quotidien - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 0 commentaires

danton.jpgGrand et athlétique, un cou épais, un torse large, des poings impressionnants. De petits yeux, une face puissante et grêlée par la petite vérole. Défiguré lorsqu'il était enfant par deux accidents, un  taureau lui fendit  la lèvre d'un coup de corne, un autre  lui écrasa le nez, Danton était laid. Objectivement laid.
Mais comme souvent devant la laideur d'un être, la raison raisonnante, l'intellect sont souvent mis à mal par cette  petite musique qui murmure quelquefois de façon lancinante : " il y a en lui un je ne sais quoi qui me consume..".
Pour Danton, comme pour Mirabeau du reste, ce "je ne sais quoi", c'est bien sur sa personnalité. Une personnalité hors normes. Une intelligence, toujours en mouvement. Un exceptionnel amour de la vie. Et le pouvoir. Le pouvoir, qui est, comme chacun le sait, un puissant aphrodisiaque. Tout ceci, aux yeux d'une femme, pouvait racheter leur laideur.
Mais en ce qui concerne Danton, ces ingrédients laissèrent de marbre quelques femmes, dont, bien sûr, Madame Roland, l'égérie des Girondins. Belle et ensorceleuse. Elle n'aime pas Danton. Elle n'aime ni son physique ni ses manières brutales mais surtout, alors qu"elle a l'habitude de voir tous les hommes à ses pieds, elle ne lui pardonne pas de ne pas avoir succombé  à son charme. Elle se répand en rumeurs, le terme "débauché" revient souvent
...
Débauché, Danton.... Il a en effet le verbe haut, la gaieté truculente; un homme expansif, jovial, qui aime la bonne chère, le bon vin. Il ne s'en cache pas. On dit même que lorsqu'il a bu, il chante les femmes. On le croit, on le dit volage, même s'il adore sa femme Antoinette Gabrielle. Mais c'est un fait, Danton n'est pas insensible aux charmes des femmes. Il ne s'en cache pas non plus. Et la Vertu... hé bien, la Vertu l'ennuie.
 

 

En un mot, Danton est imprudent. Et "léger". D'une imprudence et d'une "légèreté" qui auraient pu avoir quelques conséquences dans ses relations avec Robespierre, si l'on en croit cette affaire que relate  Elisabeth Duplay Lebas, dans ses "Mémoires".
Fille des Duplay (qui logèrent Robespierre de 1791 à 1794) et soeur d'Eléonore, Elisabeth est, à cette époque, une toute jeune fille, vive et enjouée, fort éprise de l'un des collègues et ami de Robespierre, qu'elle épousera avec la bénédiction de Maximilien (qu'elle considère comme son frère): Philippe-François-Joseph Le Bas, membre du comité de sûreté générale.

La santé d'Elisabeth laissant à désirer, ses parents prirent la décision de l'envoyer passer un mois à la campagne, à Chaville, en compagnie de l'épouse de Jean-Etienne Panis.


"Un jour entre autres, elle (madame Panis- ndrl) me mena à Sèvres dans une maison habitée par Danton, raconte t-elle. Je ne l'avais jamais vu. Mais grand dieu ! Qu'il était laid!
Nous le trouvâmes avec beaucoup de monde, se promenant dans un très beau jardin. Il vint à nous et demanda qui j'étais à madame Panis qui lui répondit que j’étais une des filles de l'hôte de Robespierre.
Il lui dit que je paraissais souffrante, qu'il me faudrait un bon ami, que cela me rendrait la santé. Il avait des formes repoussantes qui font peur. Il s'approcha de moi, voulut me prendre la taille et m'embrasser. Je le repoussais avec force, quoique bien faible encore.
J'étais bien jeune, mais sa figure me fit tellement peur que je priais instamment madame Panis de ne plus me ramener dans cette maison. Je lui dis que cet homme m'avait tenu des propos affreux, tels que je n'en avais jamais entendus. Il n'avait aucun respect pour les femmes, encore moins pour les jeunes personnes.
Madame Panis parut regretter de m'avoir menée dans cette maison et me dit qu'elle ne connaissait pas cet homme sous ce rapport.

Elle m'assura que nous ne retournerions plus chez lui et m'apprit alors que c'était Danton. Elle m'engagea à ne pas parler à ma mère de ce qu'il s'était passé, parce que cela pourrait lui faire de la peine et qu'elle ne voudrait plus me laisser venir chez elle.
J'avoue que cette recommandation ne me plut pas, car notre bonne mère (
madame Duplay -ndrl) nous avait élevées dans l'habitude de ne rien lui cacher".


L'affaire en resta là...


Source : Stephane-POL : "Autour de Robespierre - Le conventionnel Le Bas d'après des documents inédits et les Mémoires de sa veuve - Préface de Victorien Sardou. 

Publié dans : Révolution - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 0 commentaires

 

 

Un extrait d'un film de CharLes Brabant, sorti en 1980, " les Liaisons dangereuses" avec Jean Negroni dans le rôle de Laclos et  Claude Degliame dans celui de la marquise de MerteuiL

L'oeuvre de Laclos a séduit, avec un bonheur inégal, maints réalisateurs.

Brabant l'appréhende, lui, sous un angle original : nous sommes en 1794. Laclos, lié aux orléanistes et suspecté de modérantisme, est enfermé dans sa cellule de la prison de Picpus attendant d'être guillotiné (il échappera de peu au rasoir national). Quand surgit la marquise de Merteuil. Il revit en sa compagnie ses personnages, réels ou imaginaires, qui ont hanté sa vie et son œuvre.
Tous les cinéastes ont centré leur film sur l'oeuvre, "Les Liaisons dangereuses". Brabant, lui, se penche sur Laclos et en fait son personnage principal. D'où l'intérêt de son film.

Choderlos de Laclos. Ses biographies abondent. On le sait, après de solides études dans la très réputée École de La Fère (qui deviendra l'École Polytechnique), Laclos était en droit d'espérer une brillante carrière d'officier d'artillerie.

Il avait tous les atouts en main, sauf un : la naissance. Une naissance "obscure" qui, dans l'armée de l'Ancien Régime où les privilèges nobiliaires étant jalousement protégés, ne pouvait que le confiner dans un grade subalterne, en l'occurrence celui de capitaine.

Laclos ne connut donc jamais la gloire des champs de bataille, mais seulement la grisaille et la médiocrité des villes de garnison. Déçu et amer, il se détournera un temps de l'armée pour  trouver refuge dans la littérature et c'est peut-etre dans l'une de ces villes, Grenoble, "ville pétillante d'esprit et où les jolies femmes ne s'oubliaient pas" (Stendhal souvenirs d'égotisme) que lui vint l'idée d'écrire "Les Liaisons". Les écrivit-il dans le but de dénoncer certaines moeurs, par souci de prêcher une sorte d'idéal moral ? Ou les écrivit-il par vengeance ou encore par dépit amoureux ?...  Ce "grand monsieur maigre et jaune en habit noir (...) si j'étais seule avec lui, j'aurais peur" (marquise de Coigny) n'avait rien d'un Valmont. Aurait-il été éconduit par une Merteuil provinciale ?.

Peu importe, car si Laclos a manqué son rendez-vous avec la gloire militaire, une seule de ses oeuvres, les Liaisons, par sa force, sa fulgurance, lui a offert un destin exceptionnel dans l'histoire littéraire. 

 

 


Publié dans : Révolution - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 0 commentaires

et dans cette scène, son irrésistible Caius  Julius Caesar


 

" tu, quibus rebus gaudeat, quibus capiatur Caesar, tenes" (Cicéron).
Autrement dit ... "tu sais ce qui séduit César". Ptolémée ? Que nenni ! Cléopâtre, bien sûr !

Publié dans : Baroque - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 2 commentaires

robeapanier
Cette mode fit fureur sous la Régence, peu après la banqueroute de Law, une fois que le "Dieu Papier" cessa d'être idolatré. Les hommes cessant de spéculer, les femmes cessant de spéculer sur les spéculations, la frivolité reprit ses droits.
La description, très détaillée, qu'en fait ce chroniqueur de l'Oeil- de-boeuf est un peu complexe mais très visuelle. Chaussons donc nos bésicles et étudions-là de près.

Côté dames:

" Ces paniers consistent dans une carcasse de baleine, quelquefois d'osier, recouverte d'une toile, que les femmes introduisent sous leurs jupes (et les hommes dans les basques de leurs habits), pour les tenir raides et étendues.
Cette machine se développe considérablement de chaque côté de la personne, mais très peu de la partie antérieure à la partie postérieure, de sorte qu'une dame, avec sa taille mince et ses énormes paniers, ressemble à un battoir pour blanchisseuse.
Rien d'amusant comme les manoeuvres que cet étrange usage nécessite.

Il n'est pas de porte assez grande dans nos salons pour qu'une femme puisse entrer de face, ce n'est que la hanche en avant qu'elle peut se présenter en société. Et s'il y a seulement quatre ou cinq élégantes dans une chambre, elle se trouve complètement remplie, quelque grande qu'elle soit.
En carrosse ou en chaise à porteurs, il faut de toute nécessité tenir les portières ouvertes pour laisser voyager au-dehors les paniers de madame.
A table, une dame ne saurait être commodément assise qu'en s'aidant de la bonne volonté de ses voisins : c'est-à-dire qu'elle doit obtenir, des bons cavaliers dont elle est flanquée, la permission d'étendre sur leurs genoux les parties latérales de sa parure, tandis qu'eux-mêmes relèguent derrière leurs sièges les basques de leurs habits, qui par bonheur, peuvent se replier. C'est ainsi que dans un repas, on n'aperçoit guère que la tête des hommes, enfouis pour ainsi dire sous les atours de leurs voisines... Du reste, cela forme pour les messieurs une espèce de chez-soi dont nos roués tirent, dit-on, un grand parti ".

Côté messieurs :

" Les basques de leurs habits, qui représentent deux vastes ailes de papillons, s'agitent à tel point pendant la marche, que chacun de leurs angles décrit un demi-cercle, et, frappant l'air environnant avec force, ils produisent sur les passants l'effet d'un éventail, que l'on se prête mutuellement dans les rues. Mais s'il fait du vent, il est imprudent de donner un rendez-vous à heure précise, à moins qu'on ne soit favorisé par un vent poussant...".

 

On s'en doute, la seule à ne pas succomber à l'attrait de ces nouveaux chiffons fut la Palatine. Elle continua, selon son bon plaisir, et son plaisir consistait non à forcer les portes avec ses jupons mais à forcer le cerf lors des chasses à courre, à porter des perruques d'hommes, à revêtir des hauts de chausses ou la casaque bleue conçue pour les chasseurs de Louis XIV et à manier la dague comme un éventail...

Publié dans : Régence - Ecrire un commentaire
Communauté : Histoire - Voir les 0 commentaires

Ego

 

MARTINEC
 
J'aime Paris, Venise.
 Et le 18ème.

 Tout ou presque tout m'intéresse dans ce siècle, "siècle du plaisir qui, loin de le traiter comme une vaine dissipation, s'y plonge avec délices et s'abandonne jusqu'au vertige à l'enchantement des sens .
En m'excusant auprès de ceux qui auraient un soupçon de connaissance sur les sujets effleurés et en espérant ne
pas donner la migraine à l'université...
Martine Chabbert
.

 




Page Facebook


Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés