"Je ne
supporte ni le thé, ni le café, ni le chocolat. Je ne peux comprendre comment on aime ces choses-là. Au thé, je lui trouve un goût de foin et de paille pourrie, au café un goût de suie et de
lupin, le chocolat, je le trouve trop doux. Mais ce que je mangerais volontiers, c'est un bon birambrot ou une soupe à la bière; voilà qui ne fait pas mal à l'estomac. Un bon plat de
choucroute et des saucissons fumés sont, selon moi, un régal digne d'un roi et auquel rien n'est préférable: une soupe au choux et au lard fait bien mieux mon affaire que toutes les délicatesses
dont on raffole ici" .
Saint-Simon avait raison : Madame, Elisabeth Charlotte de Bavière, dite La Palatine, mère très attentionnée du Régent Philippe d'Orléans était restée "fort Allemande dans toutes ses moeurs".
Cette courte parenthèse dans l'histoire de France que fut la Régence, siècle de grâces qui ne fut pas encore celui des Lumières mais
celui du sourire, révolutionna la France. Que ce soit dans l'architecture, la mode, les moeurs et la cuisine.
En matière de vin, les goûts changent; le café, le thé, le chocolat sont entrés dans les moeurs, ce début du XVIIIème voit l'apparition de ce que l'on nomme "la cuisine à la française",
une cuisine "ouverte", prête à accepter toutes les innovations .
Si le Régent ne détestait pas les plats "allemands" de sa mère et appréciait certains plats populaires (reniés par la cour) comme la soupe au fromage, les matelotes que l'on consommait dans les
guinguettes des bords de Seine (où il continuait de courir au grand désarroi de Madame mère..), il aimait faire lui-même la cuisine, art dans lequel il excellait.
"La cuisine moderne est une espèce de chimie" notait Marin, l'un des grands cuisiniers du siècle qui avait créé une cuisine raffinée,
destinée aux soupers galants.
Le Régent, aimant tout autant la chimie que la bonne chère, multiplia donc les essais culinaires: il prépara des sauces au champagne qu'il accompagnait de truffes et par-dessus tout
"d'essences" (de champignons, de jambon, d'essences de fleurs -violette, pimprenelle et rose), il imposa "les asperges de décembre, les fraises d'avril, les petits pois de mai et les melons
de juin".
Madame Mère, pendant ce temps, faisait de la résistance, continuant à prendre le matin pour le petit-déjeuner de la soupe à la bière ou au vin, voire au lait et se vantait d'avoir remis à la mode
quelques préparations traditionnelles : "Personne ne s'étonne de ce que je mange du boudin, j'ai
mis aussi à la mode les jambons crus (...) on mange aussi de la choucroute et des choux au sucre, mais il est rare qu'on s'en procure de bonne qualité".
Il y a fort à parier que la
résistance ronchon de La Palatine à toutes ces audaces culinaires étaient tout autant gustatives que morales, ces nouveautés de la table étant souvent indissociables du libertinage qui
régnait dans la cour du son fiston. Gageons que Madame Mère devait souvent manger seule...
Derniers Commentaires