« Le comte de Tilly avait un esprit mordant qui lui faisait beaucoup d’ennemis. Lorsqu’il prenait quelqu’un à tic, il était d’une amertume extrême et disait des choses blessantes, s’embarrassant peu si ses pointes acérées ne pénétraient pas trop avant. Il fallait se garder de le provoquer car il était toujours sur la défensive et espadonnait à droite et à gauche. C’était un bel homme et de tournure élégante, d’une figure distinguée. Ainsi les femmes l’avaient gâté, et malgré beaucoup d’esprit et de tact, il ne pouvait éviter un air de fatuité et de distraction qui visait à l’impertinence. A cinquante ans, on lui en donnait à peine trente. Avec tous les moyens de plaire, il déplaisait ».La dame, Louise Fleury Fusil, actrice de son état, qui en parle avec autant de lucidité dans ses "Souvenirs d'une actrice", l’a bien connu.
Tilly, l’un des roués les plus en vue et les plus détestables. Personnage assez antipathique, imbu de lui-même, joueur invétéré, qui, reçu à Versailles et autorisé à participer au jeu de la reine, écrivit ses mémoires *, témoignage précieux sur le milieu des libertines et des "polissons" du 18eme.
Dans son livre, une galerie de portraits, subtils, pleins d’esprit, mais non dénués d’une certaine méchanceté, notamment en ce qui concerne les femmes. Et notamment envers celles qui décidèrent de mettre fin à leur relation avec lui. Tilly... un mauvais perdant.
De toutes ses liaisons, celle dont il semble avoir retiré le plus d’amertume fut celle de Mme de Molé-Raymond, actrice et (très belle) épouse d’un acteur de la Comédie Française, qu’il dénigra et calomnia à grands traits, la traitant – entre autres- de « Merteuil des coulisses ». Blessé dans sa vanité de mâle, ce grand séducteur ne semble s’être jamais remis d’avoir été séduit puis "abandonné". Lassée par son insistance, elle lui déclara : " Croyez-moi, vous avez fait le mauvais choix ", il lui répondit :" On n’en fait presque que de mauvais, madame, parmi celles qui se laissent choisir "...
Mercure de France




" Vous êtes une des femmes les plus séduisantes que j'aie connues, et le plaisir de vous connaître a effacé de
mon esprit tout le mal qu'on s'était plu à me faire penser de vous ".

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